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PATEL BROWN

Dernière mise à jour : 11 juil. 2023

PERSPECTIVES ALTERNATIVES

LIGNE 08 | ART | ÉTÉ 2023

Texte | Dave Richard

Photos | Kyle Tryhorn + Jean-Michael Seminaro + Patel Brown [Avec l’aimable autorisation des artistes]

 

Vue de l’exposition de Fatine Violette Sabiri et Raúl Aguilar Canela, Montréal, 2023. Photo | Jean-Michael Seminaro

 

Patel Brown a ouvert ses portes à Toronto en juin 2020, en pleine pandémie ; à l’automne 2022, elle ouvrait également une division montréalaise. Née d’un désir de ses fondateurs de faire les choses autrement, de repenser les modèles établis et de présenter une famille hétérogène d’artistes dont la démarche surpasse la quête formelle pour exprimer des points de vue forts et des idées complexes, Patel Brown s’est développée dès le départ dans un contexte incertain et exigeant. Plutôt que de fragiliser le projet, les circonstances particulières de sa mise sur pied ont cristallisé son identité singulière.


« J’ai fondé ma première galerie il y a une dizaine d’années, à 23 ans, j’ai une approche très entrepreneuriale de la chose », explique Devan Patel, l’un des cofondateurs. « Cette première galerie se trouvait dans un petit espace du East End à Toronto, je l’avais fondée avec deux artistes. Son fonctionnement était très artisanal; on y a présenté une exposition collective chaque semaine pendant trois ans, ce qui était de la pure folie, mais qui s’est avéré très formateur pour moi. Gareth (Brown-Jowett), lui, a dirigé pendant près de treize ans au total la Division Gallery et la Angell Gallery, deux institutions bien établies de la scène torontoise. Nous avons commencé à planifier la création de Patel Brown au tout début de 2020. Nous souhaitions unir nos expériences complémentaires pour concrétiser une vision que nous partagions d’une entité en constante réinvention, au fonctionnement plus collaboratif que d’ordinaire, présentant les travaux d’artistes aux voix singulières et aux vocabulaires plastiques extrêmement variées, mais qui proposeraient tous des visions du monde originales, ayant un sens profond, et sauraient tous provoquer des expériences enrichissantes chez nos visiteurs. »


Vue de l’exposition de Mia Sandhu, Montréal, 2023.

L’idée d’un projet qui germe au début de 2020, sa mise en forme qui s’amorce rapidement, la rénovation d’un local qui va bon train, l’organisation d’une ouverture qui se prépare... Puis la pandémie qui survient et chamboule tout. Les cofondateurs ont décidé d’aller de l’avant malgré tout, coûte que coûte. Tout au long du démarrage de la galerie, ils ont dû s’adapter aux contraintes de la crise sanitaire. Il était alors impossible d’organiser des discussions, des vernissages, les visites étaient sur rendez-vous seulement...


« La situation a fait en sorte que nous avons dû montrer de la flexibilité dès le départ, faire preuve de résilience, d’inventivité et de débrouillardise. Le concept initial de la galerie était justement de tout remettre en question et de ne pas faire les choses selon le modèle établi; nous avons donc été forcés de nous y tenir. »


Vue de l’exposition de Rajni Perera & New Sidhu, Toronto, 2021. + Vue de l’exposition de Alexa Hatanaka, Toronto, 2021. + Vue de l’exposition de Luke Painter, Toronto, 2022.

Il était important pour les deux cofondateurs que la direction de leurs galeries soit assurée par des personnes qui comprendraient aussi clairement que possible le type de galerie qu’ils souhaitaient que Patel Brown devienne et le type d’art qu’ils souhaitaient y montrer. Ce sont Jennifer Simaitis, directrice de la galerie de Toronto, et Roxanne Arsenault, directrice de la galerie de Montréal, qui ont été choisies pour compléter le noyau dur de l’organisation.

« Quand je suis arrivée, j’ai suggéré toute une liste d’artistes de Montréal avec qui je souhaitais travailler », raconte Roxanne Arsenault. « Il était fondamental pour moi qu’on ne se contente pas d’importer les expositions torontoises au Québec; je voulais que les programmations des deux galeries dialoguent. Aussi, il est nécessaire que Jennifer et moi présentions chacune des artistes auxquels on croit, puisqu’au quotidien, c’est nous qui faisons vivre les expositions, qui devons les défendre et qui incarnons, avec les autres membres de l’équipe, l’esprit de Patel Brown. »

D’ailleurs, Devan Patel confirme que les voix des deux directrices générales sont aussi valides que celles des deux cofondateurs; si elles arrivent à si bien soutenir la vision des deux proipriétaires, c’est parce qu’elles la partagent. Tous ont à cœur la multiplication des points de vue, la mise de l’avant de messages, d’intentions, la multiplication des niveaux d’interprétation et de compréhension. C’est entre autres pour ça que des discussions sont souvent organisées chez Patel Brown, pour ça que les directrices aiment parler aux visiteurs, les amener à voir plus loin que les œuvres en soi : parce qu’il y a toujours beaucoup à dire sur elles.

« J’ai étudié la philosophie et la science politique », renchérit Patel. « En rédigeant une dissertation sur la philosophie et l’esthétique, j’ai pris conscience que certaines vérités subjectives et personnelles – des vérités souvent avant-gardistes et très profondes – ne peuvent pas nous être transmises en mots, mais uniquement à travers l’art, qui est expérientiel. Les artistes avec lesquels nous travaillons chez Patel Brown offrent des perspectives alternatives diversifiées sur le monde, chacun à sa façon. Nous avons nous-mêmes tellement appris et évolué grâce à leurs œuvres qu’en plaçant nos visiteurs devant leur travail, nous espérons qu’ils vivront à leur tour une transformation, que les œuvres parviendront à élargir leurs horizons et qu’ils en développeront une plus grande empathie et appréciation pour l’humanité. Je crois que tous les artistes que nous représentons ont cette même intention. »


Vue de l’exposition de Vanessa Brown, Montréal, 2023.

Au moment d’écrire ces lignes, la galerie de Montréal présente l’exposition Twilight Flowers de l’artiste Vanessa Brown, une méditation sur la surréalité, la vastitude et la vulnérabilité à partir du symbole du trou. Collages numériques, vidéo, poésie, sculptures d’acier... La proposition est complexe, théâtrale et pousse à la réflexion.

« On se trouve à une époque de la civilisation où l’humain a une certaine perspective sur le passé et où nous sommes nombreux à vouloir créer un avenir plus inclusif, à vouloir réparer. On cherche de meilleures façons de dialoguer, des façons de reconstruire des ponts. Plusieurs des artistes avec qui nous travaillons sont intéressés par la guérison et l’influence ancestrale au sein de leur pratique. On se trouve aussi à une époque où plusieurs ont du mal à faire confiance aux institutions, au gouvernement, aux médias. Aider les autres à trouver un sens, créer du sens, c’est un pouvoir très puissant. Nos artistes ont tous un talent unique pour y parvenir. »

 

3 ARTISTES À DÉCOUVRIR CHEZ PATEL BROWN


MURIEL AHMARANI JAOUICH

Peinture

Exposition solo | Du 25 mai au 1er juillet 2023


Muriel Ahmarani Jaouich est une artiste canadienne d’origine arménienne, égyptienne et libanaise. Elle est lauréate de la bourse Lilian Vineberg, de la bourse Merit ainsi que du prix Tom Hopkins Memorial. Au cours des dernières années, son travail a été présenté dans le cadre de diverses expositions, notamment au Musée des beaux-arts de Montréal et on retrouve ses œuvres dans des collections commerciales et privées à New York, Los Angeles, Prague, Barcelone, Milan, Toronto et Montréal.


POURQUOI FAUT-IL VOIR SES ŒUVRES ?

Profondément personnelles et universelles, ses œuvres emploient un langage symbolique traditionnel et singulier pour créer un récit basé sur l’histoire de sa famille, relatant ainsi les concepts de diaspora, d’immigration et de génocide. Elle conçoit des allégories picturales qui offrent une réflexion sur les idées de communauté, de bienveillance et de guérison. Elle s’intéresse à la critique des forces continues de la colonisation, en attirant l’attention sur la valeur des artefacts culturels qui ont été perdus, pillés ou détruits, mais aussi sur les personnes qui ont souffertert de la violence persistante.


Exile of Teta Rose, 2022, huile sur canevas. Photo | Paul Litherland + Vessels of genealogies (1/2 du dyptique), 2023, huile sur canevas. Photo | Alberto Porro + Wisdom Mind at Play, 2023, huile sur canvas. Photo | Alberto Porro



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SHAHEER ZAZAI

Numérique + Textile Exposition solo | Du 30 août au 30 septembre 2023


Shaheer Zazai est un artiste afghano-canadien dont la pratique en studio combine la peinture et les médias numériques. Au fil des ans, le vocabulaire matériel de Zazai s’est développé en travail textile, en installations d’art public in situ et en œuvres vidéo. Il a présenté plusieurs expositions individuelles et collectives, dont récemment des expositions solo au Musée Aga Khan de Toronto et à l’Owens Art Gallery à Sackville, NB et fera partie cet été d’une exposition à The Power Plant Contemporary.


POURQUOI FAUT-IL VOIR SES ŒUVRES ?

Le travail de Zazai est axé sur l’exploration de l’identité culturelle dans le climat géopolitique actuel et la diaspora. Conçues à l’aide de Microsoft Word, ses images évoquent des tapis afghans traditionnels. Créés par des actions individuelles, sans jamais faire de copier-coller, ces tapis numériques demandent un labeur intensif qui les relient à l’artisanat des tapis tissés à la main. Réelles œuvres diasporiques, ses motifs improvisés d’inspiration afghane servent ensuite de modèles pour des artisans de Kaboul qui les confectionnent de manière traditionnelle à la demande de Zazai. Le cycle est ainsi perpétué, mais modulé et changeant, à l’image de l’identité de l’artiste.


NS4P7F2219, 2020, impression numérique sur papier aquarelle. + Carpet No. 5, 2022, tapis tissé à la main, laine et teintures naturelles. Photo | Laura Findlay + Carpet No. 5, 2019, impression numérique sur papier aquarelle.



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KYLE ALDEN MARTENS

Sculpture Exposition solo | Février 2024


Kyle Alden Martens est un artiste interdisciplinaire qui habite à Montréal. Entre autres, Martens a exposé à travers le Canada, dont à la Leonard & Bina Ellen Art Gallery, à AXENÉO7, au Khyber Centre for the Arts, à Stride Gallery, au Centre CLARK et à Eastern Edge Gallery. Sa pratique est actuellement soutenue par une bourse de création du Conseil des arts du Canada et il est bénéficiaire de la bourse Claudine-et-Stephen-Bronfman en art contemporain pour 2023.


POURQUOI FAUT-IL VOIR SES ŒUVRES ?

Pour la singularité du travail. Les vêtements et leurs accessoires sont une allusion, dans sa pratique, à l’ajustement et à l’intégration identitaire. À travers des objets réalisés à la main avec le plus grand soin, il questionne la façon dont les corps queer prennent l’espace tout en laissant entrevoir des chuchotements de toucher et de tension. Chaque corpus d’œuvres contient sculptures, installations, performances et vidéos qui sont simultanément invitants, séduisants, mais aussi indisciplinés, et doucement rebelles.


Performance, 2023. Photo | Darren Rigo + Muscle Worn & Wearing (Suit Jacket Table), 2022, cuir, marbres de verre, MDF, aluminium, doublure de veste de costume, mousse, acier, peinture. Photo | Brandon Brookbank + Muscle Worn & Wearing (Glove Keyhole), 2022. Photo | Brandon Brookbank + Muscle Worn & Wearing (Glove), 2022, cuir. Photo | Brandon Brookbank + BAGS (1), 2020, coton, cuir, faces de montre, corde, mousse, fermoirs. Photo | Brandon Brookbank.



 


PATEL BROWN | MONTRÉAL

372, rue Ste-Catherine Ouest / #412

Montréal, Qc

H3B 1A2


PATEL BROWN | TORONTO

21, Wade Ave / Unit 2

Toronto, On

M6H 1P4

T. 416 519-9245



Sur Instagram @patelbrowngallery

Sur Facebook @patelbrowngallery


 











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