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MYRIAM DION

EXERCICES DE DÉLICATESSE

LIGNE 06 | ART | ÉTÉ 2022

Texte | Dave Richard

Photos | Myriam Dion

 
 

Il y a de ces œuvres d’une splendeur plastique tellement bouleversante qu’elles nous laissent pantois. On imagine les mains, on imagine les minutes, on imagine la minutie... On se dit : « Mais comment ? » Maîtrise, dextérité, patience — la passion saute aux yeux parce qu’on devine tout le dévouement qu’il faut pour atteindre un résultat aussi ambitieux, aussi phénoménal. L’artiste Myriam Dion crée de ces œuvres, intenses et vertigineusement détaillées, parfois monumentales, parfois plus modestes, mais toujours extrêmement complexes. Par un procédé de découpage très minutieux, puis de tissage de papier, elle transfigure ce que le monde a de plus âpre pour en faire des fresques de dentelle fines, à la fois intimes et universelles.


«Je n’ai jamais envisagé les arts comme un passe-temps ou une formation complémentaire ; j’ai étudié dans ce domaine dans le but d’en faire mon métier. Je crois que j’ai eu beaucoup de chance, surtout d’avoir été bien entourée. »

Myriam Dion mentionne entre autres deux professeurs, artistes eux-mêmes, Anne Ramsden et Mario Côté, qui l’ont encouragée et qui ont provoqué pour elle des rencontres déterminantes avec des personnes influentes du milieu, dont son galeriste, Dominique Toutant.



« On venait de m’accepter à la maîtrise alors que je terminais mon baccalauréat en arts visuels et médiatiques à l’UQAM ; la grève étudiante de 2012 battait son plein. J’avais 22 ans. Lors de notre première discussion, Dominique m’a demandé avec gravité si j’envisageais sérieusement d’être artiste. « Es-tu vraiment prête à travailler?» Et j’ai répondu : « Oui, absolument. » J’en avais la ferme conviction. Une dizaine d’années plus tard, je constate que nous avions tous les deux raison : j’ai vraiment dû travailler dur, et ça n’a fait que renforcer ma conviction, la rendre encore plus puissante et profonde. J’ai le privilège d’être artiste à temps plein et je sais à quel point c’est précieux. »

La démarche artistique de Myriam Dion revalorise les savoir-faire traditionnels. Elle construit des espaces de représentation foisonnants qui encouragent la lenteur et la contemplation, en opposition à l’éphémérité encouragée par la société de consommation. Elle cherche à investir la dimension contemporaine de l’artisanat et du décoratif d’une charge critique en proposant un retour à un rythme de production lent qui célèbre la sophistication de l’objet d’art.


« Les œuvres que je confectionne sont la synthèse d’exercices de délicatesse qui traduisent mon affection profonde pour les motifs et les formes. »

« Je suis très inspirée par des mouvements artistiques réformateurs des domaines de l’architecture et des arts décoratifs, tels que les mouvements Arts & Crafts, Art déco, Art Nouveau et Bauhaus. Je retourne souvent aux travaux de Frank Lloyd Wright, à ceux d’Owen Jones et de William Morris. J’aime consulter des livres de motifs, de tapisseries et de tapis, d’ouvrages textiles tels que la dentelle, la broderie ou le tissage et me référer à des artistes féminines dont la démarche est connexe à ces techniques manuelles. Je pense entre autres à Anni Albers, Gunta Stölzl, Agnes Martin, Hella Jongerius et Louise Despont. »


L’idée d’utiliser le papier journal en tant que matériau de prédilection lui est d’abord venue par souci d’économie alors qu’elle était étudiante . Maintenant, c’est l’aspect politique, historique du journal qui l’intéresse, ainsi que la variété des sujets qui y sont imprimés, parce qu’ils ajoutent une valeur forte à son art.

« Je ressens un besoin viscéral de transformer ce que je vois en générant des motifs. Pour moi, c’est une façon de digérer le monde. Mon esprit fait constamment des associations. Il organise des éléments distincts et disparates, s’en sert pour inventer des multitudes de compositions et donner un sens à ce que je vois quotidiennement. »


Myriam Dion travaille actuellement à l’élaboration de maquettes dédiées à des concours d’art public auxquels elle est finaliste. Elle entamera bientôt une période de production en vue d’une exposition solo programmée en novembre 2022 à la galerie Blouin Division, qui la représente. Cette exposition fera suite à sa réception en 2021 du prix Pierre-Ayot, créé en 1996 par la Ville de Montréal en collaboration avec l’AGAC, qui souligne la facture exceptionnelle et l’apport original de la production d’artistes professionnels de 35 ans et moins.

« Je travaille également sur une œuvre grand format qui sera présentée cet été à l’Arsenal Contemporary Art, à New York, au sein d’une exposition collective qui portera sur l’artisanat et à laquelle je suis particulièrement enthousiaste de participer. Il est aussi prévu que l’Arsenal propose mon exposition solo à l’automne 2023. Je souhaite élargir la visibilité de mon travail aux États-Unis. J’aime la communauté artistique new-yorkaise, que je trouve très généreuse et inspirante. Il va sans dire que la scène des arts visuels est effervescente là-bas. J’aimerais bien y renouveler mon expérience de résidence dans un avenir proche. »



 

Sur Instagram @_myriamdion_

Sur Facebook @dion.myriam

 
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