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MOE PIUZE

HABITER SON CORPS

LIGNE 06 | ART | ÉTÉ 2022

Texte | Dave Richard

Photos | Moe Piuze + Jean-Michael Seminaro + David Granier

 
 

Nous voyons généralement la relation humain-objet de façon unilatérale. Pourtant, ce lieu où nous choisissons de vivre, ces objets que nous choisissons d’y faire entrer, qui forment le décor de notre quotidien et en sont les outils, ne sont-ils pas à notre image ? Ne forgent-ils pas cette image ? Le monde ne fait-il pas partie de nous autant que nous faisons partie du monde ? Avec son concept de corps-maison, l’artiste Moe Piuze explore ces questions, avec poésie, agilité et ludisme. À partir de matériaux principalement recyclés, de photographies et d’autres médias imprimés, il crée des assemblages complexes qui mettent en scène son quotidien et ses préoccupations du moment.



« Enfant, je gribouillais dans les marges de mes cahiers d’école et sur des bouts de papier quand je parlais au téléphone. Mon père trouvait que ces automatismes communiquaient des choses qui n’auraient pas pu exister autrement ; son appréciation de mes dessins les rendait fascinants à mes yeux. Plus tard, deux artistes m’ont particulièrement soutenu et encouragé : Hélène Doyon, d’abord, professeure à l’Université Laval et à l’UQAM, dont l’intelligence, la sensibilité et la très grande écoute m’ont permis de me situer artistiquement ; puis Marc Séguin, qui m’a généreusement reçu dans son atelier et appris certaines choses du monde de l’art qu’on ne nous apprend pas sur les bancs d’école. »

Moe Piuze est un touche-à-tout ; depuis plus de 15 ans, il explore plusieurs disciplines, dont la performance, la vidéo, la photographie et la peinture. Sa production actuelle de sculptures murales constitue la clé de voûte de son projet de maîtrise en arts visuels achevé en 2020. Déjà, depuis 2018, ses recherches portaient sur l’idée que l’humain se construit avec et par les objets qui l’entourent exprimée à travers la création de personnages mi-êtres, mi-maisons.


« Il s’agit d’une référence directe au temps et à l’énergie que je consacre à prendre soin de mes deux garçons et de ma conjointe, à m’occuper de la maison dans laquelle nous vivons et de l’environnement qui nous entoure. Mes œuvres naissent aussi d’une volonté de déconstruire les stéréotypes contemporains. »

Travaillant d’ailleurs avec des machines-outils à commandes numériques, utilisées, entre autres, par les fabricants de mobilier, il découpe des formes irrégulières dans de vieilles pièces de bois, de tissu et de métal, souvent trouvées ou données par sa communauté ou sa famille, les assemble et les juxtapose parfois à des photographies de paysages ou d’espace intimes, prenant plaisir à conjuguer textures et motifs.


« J’aime l’idée de mélanger les gestes expressifs et vulnérables de l’humain avec la précision de la machine. C’est à la fois paradoxal et tout à fait cohérent dans notre monde de plus en plus robotisé. Je m’inspire des dessins d’enfant, du folk art, des artistes outsiders, mais surtout des créateurs qui amalgament plusieurs types d’interventions et différentes matières, que ce soit de manière figurative ou abstraite. J’aime regarder le mariage de surfaces aux finis contrastés, l’alternance de la matité et de la brillance, j’aime la rugosité qui voisine la douceur, j’aime ce qui dégouline, j’aime les empâtements. »

La grande variété des matériaux utilisés, la patine des matériaux recyclés, le lustre des photographies, les motifs généreux d’autres imprimés donnent du relief, mais ajoutent surtout beaucoup de profondeur ; les marques du temps, les origines signifiantes de certaines pièces, les images choisies réchauffent et humanisent la matière même et la font vivre.


« Parce que mon esthétique rejoint celle du bricolage, je me reconnais aussi dans les réparateurs ; ceux qui aiment réparer de façon physique, mais aussi symbolique, des objets, des mémoires ou des affects. Pour moi, la réparation est une manière de prendre soin du monde. »

Représenté par la galerie montréalaise C.O.A., Moe Piuze a récemment exposé à l’Espace F de Matane, aux foires Toronto et Papier, à Montréal, ainsi qu’à la Maison de la Culture de Pointe-aux-Trembles. Certaines de ses œuvres ont également été présentées à la Foire en art actuel de Québec, à la fin du mois de mars. Il prépare actuellement une exposition qui se tiendra au Musée d’art de Joliette durant l’hiver 2023. À l’été 2022, l’artiste partira un mois en résidence au FabLab Buinho, dans la région de l’Alentejo, au Portugal.

« En plus de travailler avec du bois que je trouverai sur place, je compte explorer différentes possibilités offertes par la matière recyclée de l’usine Precious Plastic, avec laquelle œuvre le FabLab Buinho. Je n’ai jamais travaillé avec du plastique recyclé et j’ai très hâte de voir comment ces expérimentations influenceront ma pratique. »



 

Sur Instagram @moe_piuze

Sur Facebook @moise.piuze

 
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