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MAISON WILSON | LA SHED ARCHITECTURE

Comme une vitrine

LIGNE 02 | ARCHITECTURE | ÉTÉ 2020

Texte | Antoine Laprade

Photos | Maxime Brouillet

Localisation | Montréal, Qc

Type de projet | Rénovation

Année de réalisation | 2017

Bâti d’origine | 1916 Études | 8 mois Travaux | 8 mois Superficie | 3300 p2 / 310 m2


Un peu plus de 100 ans après sa construction, cette demeure nécessitait une rénovation majeure. Les propriétaires ont donc fait appel à l’équipe de la Shed architecture et leur ont donné comme mandat principal de réorganiser la distribution des espaces, tout en conservant l’âme de cette maison familiale.



Dans son ensemble, l’intervention des architectes comprend la transformation complète de l’arrière de la résidence, son décloisonnement, afin d’augmenter au maximum l’entrée de lumière naturelle, ainsi que l’aménagement du sous-sol – jusque-là utilitaire – en lieu de vie ouvert sur l’extérieur.

Par sa nature, le projet exigeait une approche consciencieuse de l’histoire de la demeure et du contexte dans lequel elle s’inscrit. Par respect pour le paysage urbain, les architectes ont conservé l’aspect de la devanture et ses qualités d’origine. L’aménagement paysager sobre et contemporain introduit le ton de cette intervention. À l’intérieur, les éléments anciens se font gardiens du passé et guident l’intégration des nouvelles interventions à l’histoire de la maison. L’arrière, quant à lui, permettait d’intervenir plus librement, et de manière plus contemporaine, tout en respectant l’environnement urbain et l’esprit des lieux. Malgré une modification d’en- vergure, la maison s’harmonise toujours au voisinage par la forme de ses volumes et la sélection de ses matériaux.



Auparavant, une extension, semblable à plusieurs du quartier, limitait l’entrée de lumière et refermait la résidence sur elle-même. Ces agrandissements accueillent généralement des pièces sombres et cloisonnées, servant de bureau ou de salle d’eau surmontée d’un petit solarium. Maintenant, une version esthétiquement plus aboutie aux espaces mieux répartis remplace l’ajout préexistant. Le choix des matériaux contrastants, tels que la brique, le verre et le crépi, s’inscrit dans les méthodes de construction usuelles du voisinage. En ce sens, la brique de l’ancienne extension recouvre maintenant un nouveau volume de rangement extérieur sur lequel se dépose la terrasse. Cette réinterprétation contemporaine d’une typologie caractéristique du quartier présente l’avantage d’être ouverte, permettant à la lumière naturelle d'entrer à profusion sur les trois étages. De plus, l’intérieur et le jardin interagissent pour la première fois, en symbiose, proposant une efficience fonctionnelle et un confort accrus pour la famille.


À l’étage, logée dans l’agrandissement, la suite des maîtres profite d’une large fenêtre donnant sur le jardin et la nature de la ruelle adjacente. La salle de bain partiellement ouverte laisse circuler la lumière, tout comme un généreux puits surplombant la douche. Dans son ensemble, l’espace est à la fois contemporain et intemporel ; ce sont de petites choses qui révèlent les origines de la maison, par exemple le bain sur pattes et les détails à l’ancienne du nouveau mobilier.


Au rez-de-chaussée, la tuile blanche laisse place à une tuile de marbre qui s’accorde aux riches boiseries de l’étage. D’un côté, un plancher de bois franc s’étend du salon à la salle à manger – deux pièces peu touchées par les rénovations et toujours décorées de leurs nombreuses boiseries. La salle à manger est assurément la pièce la plus décorée de la maison avec ses murs lambrissés qui se courbent pour rejoindre les moulures du plafond. En contraste avec cet espace presque intact, une immense ouverture finement découpée dans le mur extérieur offre une vue en plongée sur la cour. Son intégration subtile et dénudée marque de façon tranchante la nature contemporaine de l’intervention dans un contexte d’une autre époque.


L’autre moitié du rez-de-chaussée se distingue par son caractère contemporain, délimité par un plancher en tuiles de marbre hexagonales. Un autre puits de lumière surplombe le couloir de l’entrée double hauteur, et va jusqu’au-dessus du palier d’escalier ajouré, offrant un pan de ciel visible dès l’entrée. Les paliers en lattis à clairevoie permettent à la lumière abondante de descendre jusqu’au sous-sol. Reprenant la matérialité du chêne, ces derniers s’harmonisent avec les éléments d’origine, dont l’escalier qu’ils desservent. Afin de décloisonner la maison et de laisser champ libre à l’éclairage naturel, le mur de l’escalier côté cuisine a été remplacé par une paroi de verre. Pour ce faire, l’escalier a dû être démonté et réassemblé afin d’y intégrer une structure autoportante. Délimitée d’un côté par le mur en verre de l’escalier, la cuisine immaculée s’étire vers l’extérieur pour se terminer sur un coin entièrement vitré. L’escalier derrière sa vitrine et le déplacement du vaisselier intégré de la salle à manger témoignent de l’histoire de la maison à la manière d’objets de collection. de merisier russe, celui-ci suit tout de même la trame verticale des panneaux de chêne.



Un large espace commun et un bureau, organisés autour d’une cour anglaise, se trouvent maintenant au sous-sol, auparavant peu utilisé. Les espaces, divisés par des parois complètement vitrées, sont baignés d’un maximum de lumière. Des rideaux pleine hauteur permettent un ajustement sur mesure de la luminosité et du besoin d’intimité des occupants. À l’extérieur, la réflexion d’un charmant bassin d’eau illumine elle aussi l’intérieur. De la cour anglaise, on peut retourner vers la terrasse par un escalier de béton, composé de marches individuelles et entrecoupé d’un palier en lattis, semblables à ceux de l’escalier intérieur, harmonisant par le fait même la circulation de haut en bas, de l’intérieur à l’extérieur.