18-042_RÉSIDENCE B+L | DESK ARCHITECTES

Dernière mise à jour : 22 mai

MISE EN CONTEXTE

LIGNE 04 | ARCHITECTURE | ÉTÉ 2021

Photos | Maxime Brouillet

Texte | Lorène Copinet

 
 

Localisation | Morin-Heights, Qc

Type de projet | Construction neuve

Réalisation | 2018

Conception | 9 mois

Travaux | 8 mois

Superficie | 2200 pi2 / 205 m2

Budget approximatif | $$


Souhaitant quitter la ville pour venir s’installer dans les Laurentides, non loin du chalet familial, un jeune couple désirait se faire construire une résidence aux lignes contemporaines et pérennes, assez spacieuse pour fonder une famille et qui se fondrait à l’environnement nordique.


Dans ce secteur de Morin-Heights où la végétation est principalement composée de conifères créant une canopée dense tous les mois de l’année, le site choisi par les clients a constitué un beau défi pour les architectes de DESK. Les nombreux arbres matures, dont la hauteur rehaussée par la topographie et l’emplacement ombrageait le terrain, complexi- fiaient l’accès à la lumière directe.



Comme dans chacun de leurs projets, Kévin Sylvain et Étienne Duclos ont abordé leur conception architecturale par une analyse rigoureuse du lieu. Grâce à une étude d’ensoleillement permettant d’obtenir un portrait précis des emplacements qui recevaient le plus de lumière directe selon le moment de la journée, les architectes ont implanté le bâtiment de sorte à maximiser l’apport de lumière naturelle dans les différentes pièces, et notamment d’organiser la pièce de vie de la résidence. Fenestrée sur trois côtés, celle-ci profite d’un généreux ensoleillement, dès les premières lueurs du jour jusqu’en début d’après-midi, tout en évitant la surchauffe en été grâce à son orientation sud-est. En hiver, alors que les ombres portées sont plus longues et que la période d’ensoleillement est plus courte, la forte présence de neige agit comme un réflecteur de lumière naturelle. La terrasse principale, elle, est orientée nord-ouest afin de profiter du soleil réchauffant les fins de journées fraîches au printemps et en automne.


Cette étape cruciale a permis de composer un programme plutôt atypique pour une résidence unifamiliale : des pièces de vie situées à l’étage et les pièces de nuit au rez-de-chaussée. Les terrasses extérieures ont été aménagées au deuxième niveau, les connectant ainsi directement aux espaces de vie. Le bâtiment de deux étages est programmé en trois zones distinctes s’organisant autour d’un puits de distribution verticale : un bloc de jour, un bloc de nuit et un bloc technique. L’organisation des fonctions permet de tirer parti des qualités du site, de limiter les surfaces d’enveloppe et d’optimiser le plan intérieur. En effet, les circulations devaient être minimales pour assurer qu’une majorité des pieds carrés construits soit utilisable. Dans cet esprit, les pièces sont positionnées en considérant la course du soleil.


La stratégie d’élever les pièces comme la cuisine, le séjour et la salle à manger a permis d’augmenter leur exposition à la lumière naturelle et de les mettre en contact avec les terrasses extérieures, elles-mêmes surélevées pour se protéger des moustiques très présents dans la région. D’autre part, en positionnant les trois chambres au rez-de-chaussée, les architectes ont souhaité donner l’impression de se réveiller tous les matins dans la nature grâce aux fenêtres de plain-pied.


Cette résidence est un projet qui s’inscrit respectueusement dans le paysage naturel, mais aussi dans l’architecture environnante. Étudiant les bâtiments avoisinants qui semblaient les mieux intégrés à l’environnement, les architectes ont dégagé quelques constances qui ont inspiré la mise en forme du projet : des volumes simples, des terrasses surélevées et des toitures traditionnelles. C’est à la suite de l’analyse du contexte naturel et bâti que les architectes ont assis le parti architectural du projet : un volume orthogonal, couvert d’un toit à deux versants, et duquel sont soustraites des sections pour couvrir une entrée ou dégager une terrasse.



La volumétrie est assurément l’élément fondamental du projet. Elle a été travaillée de façon à devenir le langage du bâtiment, permettant d’en faire une lecture double en soulignant la cohérence de l’architecture extérieure et intérieure : le faîte du toit décentré s’aligne sur la circulation intérieure de la résidence, les alcôves architecturales découpées du volume principal sont habillées d’un bois de teinte chaude qui contraste avec le parement noir de la maison.


« Avec ces prémisses, et en les travaillant de façon contemporaine, nous sentions que nous pouvions créer un bâtiment unique. » – Kévin Sylvain, architecte

L’enveloppe converse avec l’intérieur, mais aussi avec le paysage montagneux : les planches et couvre-joints créent un effet de relief sur la façade et font écho à la dénivellation environnante, tandis que le décalage des sections de parement noir entre les différents niveaux, souligné par des lignes blanches, vient renforcer l’idée de strates topographiques caractéristiques du site.



Les percées dans l’enveloppe sont également des occasions d’unir l’intérieur à la nature environnante. Elles ont été traitées et positionnées avec beaucoup d’attention par les architectes, soucieux d’atteindre l’équilibre entre en limiter la quantité, cadrer judicieusement les vues et assurer un apport abondant en lumière naturelle. À l’étage, où un relief montagneux se dessine au loin entre les arbres, les grandes fenêtres du séjour et de la salle à manger prennent l’allure de tableaux vivants, tandis que la longue fenêtre de la cuisine donne l’impression de s’affairer dans la nature. La palette de couleur sobre utilisée à l’intérieur met en valeur le paysage.


La 18-042_ Résidence B+L, avec son volume simple sculpté au gré d’espaces lumineux et signifiants, est un projet généreux et efficace, où la cohérence interne et externe fait de l’architecture une évidence.