top of page

SLEP_SÉBASTIEN LÉPINE

DE LA MUSIQUE POUR LES YEUX

LIGNE 04 | ART | ÉTÉ 2021

Texte | Dave Richard

Photos | Sébastien Lépine

 
 

Bachelier en design de l’Université du Québec à Montréal, Sébastien Lépine crée et imprime depuis 10 ans des affiches sérigraphiées inspirées de musiciens qu’il aime et les leur présente un soir de spectacle. Il commence par écouter une chanson en boucle, se laisse imprégner par la musique, jusqu’à ce que des images se forment dans sa tête. Lorsqu’elles émergent, il commence à dessiner.


Au croisement de l’abstrait et du figuratif, les compositions picturales de Sébastien Lépine amalgament une foule d’éléments disparates structurés par une architecture de lignes simples ou d’éléments plus graphiques. Les formes organiques y côtoient les fragments de photos, de dessins ; les corps deviennent formes, les géométries variées se rencontrent et d’heureux accidents poétiques surviennent, tango d’associations et d’oppositions, de mariages et de frictions, à la fois dynamique, pulsatoire et contras- té. Couleurs saturées, ton doux, textures délavées, demi-teintes, trame, maillage, jeux typographiques... Sébastien Lépine fait feu de tout bois, use avec maîtrise du langage imprimé, mais sans trop en faire ni brouiller le message – à moins qu’il ne le faille.


On sent clairement le plaisir qu’il éprouve à jouer avec les couleurs, à les agencer de façon étonnante, à marier les teintes pastel aux couleurs vives ou tranchantes, au noir et au blanc. « Pour moi, les couleurs vibrent, et cette vibration est la matière première de mon travail. En même temps, la sérigraphie m’a forcé à être économe et à travailler avec un nombre restreint de couleurs, une par soie. J’ai dû apprendre à créer le maximum d’impact avec un minimum de couleurs. »

Il y a trois ans, il fondait avec deux autres artistes l’atelier Le Temple, dans le Mile-End. C’est là qu’il travaille, libre d’organiser son espace à sa manière. « J’ai cinq gros classeurs, normalement réservés aux plans architecturaux, qui sont pratiquement tous pleins de mes sérigraphies. »




En 2017, il créait trois affiches pour le spectacle de l’Opéra de Montréal Another Brick in the Wall. En 2018, on a beaucoup vu le résultat de sa collaboration avec le musicien Dumas, entamée avec la parution de l’album Nos idéaux et prolongée durant les tournées qui ont suivi. La même année, ses affiches étaient exposées au Centre de design de l’UQAM dans le cadre de l’exposition Non conforme.


« J’aime les erreurs. J’essaie de faire avec et de les transformer en quelque chose de beau plutôt que de les éviter. »

Même s’il consacre une grande partie de sa démarche à la sérigraphie et à la création d’affiches, il arrive maintenant à Sébastien Lépine de donner une seconde vie à d’anciens travaux en y intégrant d’autres médiums, comme la peinture et le pastel gras – une sorte de recyclage, d’abord de la matière, mais aussi d’inspiration, puisque le point de départ a déjà une finalité et qu’il faut trouver le moyen de le surpasser, de l’emmener plus loin. La démarche est d’autant plus intéressante du fait qu’à l’origine, les sérigraphies elles-mêmes tiraient déjà fortement parti du vocabulaire rapiécé du collage. La boucle est bouclée.


Lorsqu’est survenue la pandémie l’an dernier, il a eu envie de se servir de son art pour offrir son aide. Il a donc organisé des collectes de fonds en vendant des collages réalisés à partir de sérigraphies déchirées. Grâce à ses ventes, il a pu remettre plus de 3 000 $ à six organismes montréalais soutenant des causes diverses comme la lutte contre le racisme et la vio- lence policière, le virage environnement et social ou la solitude des aînés. « Des collages, j’aime en faire une dizaine simultanément ; ça me permet de ne pas trop me concentrer sur un détail, de rester dans l’improvisation, d’y aller à tâtons, à l’instinct, et de me laisser surprendre par des compositions qui ne seraient probablement jamais nées si je travaillais sur un seul visuel à la fois. »


2021 s’annonce très créative pour Sébastien Lépine – et collaborative. « Plusieurs projets en développement me rendent très enthousiaste. L’automne prochain, je ferai une résidence artistique chez Luminaire Authentik ; je crée présentement des motifs de papier peint et je cherche un partenaire pour développer une collection de céramique. »

Luminaires, papiers peints, céramiques... Autant dire que Sébastien Lépine s’apprête à faire son entrée dans nos maisons, et c’est une très bonne nouvelle ! L’artiste parle aussi d’une vingtaine de peintures grand format en chantier qu’il souhaiterait exposer en galerie... À suivre.

En attendant, on retrouve les affiches de Sébastien Lépine chez L’Affichiste, dans le Vieux-Montréal, ainsi que sur son site web, où l’on peut aussi admirer et se procurer ses autres créations. Le site de la Fabrique culturelle (Télé-Québec) présente également un fort beau portrait de l’artiste dans le cadre de l’une de ses capsules web, à regarder sans hésitation.



-


SÉRIGRAPHIE 101


Ligne | La sérigraphie, c’est quoi ?

Sébastien Lépine | C’est un procédé d’impression artisanal.

L. | Comment ça fonctionne ?

S. L. | La sérigraphie, c’est une sorte de casse-tête où des couches de couleurs, opaques ou translucides, se superposent. À l’aide d’une raclette, on fait passer de l’encre à travers un écran de soie où une image a été imprimée grâce à un procédé chimique. Chaque couleur exige une soie différente. C’est un procédé qui demande du temps, mais quand il fonctionne bien, il est très satisfaisant.

L. | Pourquoi sérigraphier plutôt qu’imprimer ?

S. L. | Comme son nom l’indique, la sérigraphie est un procédé d’impression qui permet d’imprimer plusieurs fois la même image, de façon artisanale. J’imprime par exemple 70 copies de mes affiches et une douzaine de mes impressions artistiques. La principale différence reste sans aucun doute le résultat final. On peut y percevoir au toucher la texture de l’encre posée à la main sur le pap