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EDITH SEVIGNY-MARTEL

Dernière mise à jour : 16 mai

SUSCITER L’INATTENDU

LIGNE 09 | ART | HIVER 2023

Texte | Claire-Marine Beha

Photos | Alexis Monet + Clément Dietz + Jeremy Le Chatelier + Séjour Furniture + Nayquan Shuler + Edith Sevigny-Martel

 
 

Les œuvres de l’artiste céramiste Edith Sevigny-Martel sont peut-être minimalistes, mais elles possèdent une fluidité des plus captivantes. Dotées de formes rondes et organiques ayant été façonnées grâce au pouvoir de l’intuition, ses pièces font écho à la nature, mais parfois aussi au corps humain.


En 2018, entre Edith Sevigny-Martel et la poterie, c’est le coup de foudre immédiat. Après une formation intensive en tournage et en façonnage, l’artiste ne cesse d’expérimenter avec l’argile.



« Avant ça, j’ai essayé plusieurs médiums sans jamais trouver exactement une forme d’expression qui me permettrait de m’épanouir complètement », indique celle qui a étudié en technologie à l’Université Ryerson, un domaine très éloigné de sa pratique plastique actuelle. « En plus, je n’aime pas utiliser des moyens digitaux ou technologiques pour créer ou produire quoi que ce soit », s’amuse-t-elle. « Par contre, je traîne toujours un cahier de notes avec moi pour y faire des croquis de certaines idées. »

 

La céramiste qualifie sa démarche artistique de « changeante » et ne se cloisonne pas à un unique processus de conception, bien qu’elle travaille beaucoup en utilisant le façonnage au colombin, une technique de poterie ancestrale permettant de créer de grosses pièces aux formes libres en superposant des « boudins » d’argile à la main ou à l’aide d’outils. Son désir de liberté créative se déploie d’ailleurs jusque dans ses produits finis, eux-mêmes porteurs d’une grande versatilité.



« J’aime jouer avec l’idée qu’on a des objets fonctionnels, ceux provenant de la vie de tous les jours, en les réimaginant et en cherchant l’inattendu », assume-t-elle, consciente que les frontières sont poreuses entre art contemporain et artisanat dans son travail. « Je pense que ce qui me distingue, ce sont ces formes organiques qui semblent provenir de la nature, qui poussent comme des plantes ou qui imitent les courbes d’un corps, vivant quelques instants auparavant, pris dans un mouvement. »



En effet, si on reconnaît à son travail une certaine sobriété, compte tenu des teintes neutres privilégiées par la créatrice, cette simplicité cède toute la place à l’admiration du geste figé dans la matière. On peut aisément y imaginer les mains de l’artiste modeler, sculpter, composer puis recomposer l’argile de manière à générer des structures inusitées. Vases qui semblent « brisés », artéfacts, amphores antiques, récipients pour l’alimentation, statues morcelées… Les évocations sont nombreuses et les textures visuellement palpables.

 

Pour créer ces sculptures aux formes « fièrement féminines, fortes tout en restant douces et fines », Edith Sevigny-Martel puise son inspiration dans des disciplines hétéroclites. « Mes principaux centres d’intérêt sont l’architecture, les meubles vintage, les bijoux, les beaux-arts, la flore, la faune, mais aussi la nourriture. » Du côté de l’art céramique, ce sont les œuvres de poterie mexicaines et japonaises traditionnelles qui la touchent particulièrement. Elle cite également les artistes Isamu Noguchi, Kazunori Hamana et Barbarah Hepworth comme références importantes.



C’est au sein de son studio montréalais lumineux dans le quartier Chabanel que l’artiste visuelle parvient à se plonger dans un état méditatif, mais actif, une disposition nécessaire pour permettre à ses créations de voir le jour. Très guidée par son intuition, Edith Sevigny-Martel avoue avoir besoin de calme et de solitude pour accueillir l’inspiration.



« Ces temps-ci, mon travail me pousse dans deux directions assez différentes : je développe des pièces qui serviront pour des espaces plus design tout en étant fonctionnelles et je crée des œuvres qui sont spécifiquement artistiques, des sculptures qui n’ont pas de fonction particulière. »



Représentée par la Galerie Yves Laroche, Edith Sevigny-Martel a récemment effectué une résidence créative avec Luminaire Authentik qui l’a menée à la confection d’une collection de lampes en céramique. Elle a également fait une résidence autodirigée à New York à l’été 2022 durant laquelle elle a appris de nombreuses astuces en côtoyant de grands noms du design qui travaillent la céramique comme médium principal— une expérience qu’elle considère aujourd’hui comme un point de sa démarche esthétique. Plus récemment, elle produisait sa plus grosse pièce en carrière à Montréal, un pot sculptural en céramique de 22 po de diamètre par 24 po de hauteur pouvant contenir un arbre de sept pieds pour le Sushibox de Québec conçu par le bureau de design et d’architecture Future Simple Studio.



En ce moment, l’artiste étudie la récolte d’argile sauvage et le Raku, une technique ancienne de cuisson de céramique provenant du Japon « afin de connecter avec l’histoire et l’héritage de la poterie et d’apprendre à travailler avec les éléments bruts qui étaient utilisés de manière ancestrale », explique-t-elle. « Bien que mon travail soit assez contemporain, je ne peux pas ignorer qu’il existe de nombreuses traditions associées à la fabrication de la poterie. Je trouve la paix dans la régression vers la simplicité. »




 

 

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