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Mis à jour : il y a 4 jours

LA GUILDE

LIGNE 03 | HIVER 2020 | VERSION LONGUE

Texte | Dave Richard

Sources + Photos | Photos gracieusement prêtées par les artistes + La Guilde

Coin Sherbrooke et Crescent à Montréal, en plein cœur du quartier du Musée, on tombe sur cet espace blanc comme neige, aux vitrines larges, exhibant constamment des pièces d’art contemporain somptueuses, intriguantes et sensibles : La Guilde, une galerie qui donne leur place à des artistes autochtones et canadiens aux talents exceptionnels.



Fondée en 1906 par deux femmes – Mary Alice Skelton Peck et Mary Martha (May) Phillips – La Guilde est un organisme à but non lucratif, œuvrant à la conservation et à la promotion de l’art Inuit, de l’art des Premières Nations et des métiers d’arts du Canada. La Guilde soutient, promeut et encourage les artistes Inuit, des Premières Nations et canadiens contemporains en assurant la viabilité de leur pratique. Elle met également en valeur leur travail auprès de publics allochtones à des fins de sensibilisation, d’ouverture et de découverte, puis préserve et développe sa collection permanente d’art Inuit, d’art des Premières Nations et des métiers d’art à des fins éducatives.

« Mary Alice Skelton Peck et Mary Martha Phillips estimaient que les objets faits main issus de la vie quotidienne étaient aussi des objets d’art ; elles considéraient que la production artisanale pouvaient devenir une source de travail et d’émancipation pour les artisanes des milieux ruraux », explique l’équipe de La Guilde. « Elles sont aussi entrées en contact avec des artisans autochtones qui vendaient leurs œuvres dans des lieux touristiques afin d’organiser, dès 1894, des expositions en collaboration avec des associations d’artistes féminines montréalaises. Le succès de l’expo de 1900 – où des objets d’art appliqué, des courtepointes, des ceintures fléchées et des pièces d’artisanat autochtones sont présentés pour la première fois dans la métropole québécoise – les incite à fonder, en 1906, la Guilde canadienne des métiers d’art, maintenant La Guilde. »



Depuis sa naissance, La Guilde est reconnue comme un OBNL et l’un des principaux acteurs dans la vente et la conservation de l’art Inuit, de l’art des Premières Nations et des métiers d’art au Canada. Ses fondatrices voulaient briser le confinement des femmes aux oeuvres de bienfaisance, un concept ancré dans les mentalité de la fin du 19e siècle. Elles ont mis de l’avant l’importance du rôle de la femme, tant au sein de l’organisation que dans les relations avec les artistes et artisanes présentés. « Nous sommes fiers du fait que, depuis sa fondation, l’organisme est dirigé par des femmes qui ont offert une grande visibilité à bon nombre d’artistes et ont favorisé la diversité des cultures. »


La Guilde possède trois volets de présentation : l’exposition permanente des objets de la collection, les expositions temporaires et la galerie, qui comprend des œuvres disponibles pour l’acquisition. « Les œuvres présentées dans l’exposition permanente Trilogie des matières : Une collection illustrent l’histoire des pratiques, des médiums et des techniques utilisées pour confectionner chaque pièce, ainsi que l’histoire de La Guilde elle-même, à travers les œuvres qui ont été choisies pour constituer sa collection. Nous choisissons aussi d’exposer temporairement des artistes novateurs qui repoussent les limites de leur pratique et explorent leur médium à son plein potentiel. Ces expositions nous permettent de lier nos trois volets de présentations, puisqu’on y développe différents thèmes qui nous poussent à découvrir des artistes émergents dont on pourra ensuite intégrer des pièces à la galerie ou la collection. À la galerie, nous nous assurons d’ajouter de nouvelles créations qui s’harmoniseront avec celles déjà présentes, tout en s’en distinguant. »



Au cours des années, La Guilde s’est éloignée de la présentation d’objets du quotidien pour se pencher davantage sur l’exposition d’objets d’art. Par contre, la fabrication à la main est toujours demeurée un critère primordial à la sélection des oeuvres. Son corpus est très varié, tant aux points de vue des sujets, des styles, des formes, des gammes de prix, etc. Celui-ci se développe en trois axes: l’art Inuit, l’art des Premières Nations et les métiers d’art. Les artistes présentés sont des professionnels, établis ou émergents, traitant de sujets contemporains, dont les oeuvres sont en continuité avec la tradition par leur technique, mais la réinterprètent de façon personnelle et actuelle. Il est important pour l’équipe de conserver cet équilibre entre tradition et contemporanéité, dans le respect de la pratique de chacun des artistes.

« Nous présentons par exemple des oeuvres d’art Inuit aux formes plus traditionnelles en les plaçant en conversation avec des pièces aux formes très actuelles. »


Le résultat étonne et détonne, confronte les idées reçues et les biais culturels, provoque remises en question, prises de conscience, mais surtout éblouissement – un peu à l’image de cette statuette de Homer Simpson promenant un ourson en laisse, de l’artiste Pitseolak Qimikpik, à la fois puissante, poétique, politique et bouleversante, qui force l’idée – l’évidence – que tous les artistes d’aujourd’hui sont des contemporains témoignant du même monde, de la même époque, au-delà des catégorisations courantes superflues.




Ligne | L’art Inuit et l’art des Premières Nations d’aujourd’hui s’inscrit-il davantage dans la continuité ou tente-t-il de rompre avec l’art et les techniques traditionnelles ?


La Guilde | Lors d’échanges courants effectués avec plusieurs artistes autochtones au cours des dernières années, nous avons remarqué que les attitudes des artistes face à l’art et aux techniques traditionnelles sont très variées. Il existe autant de points de vue et d’approches à ce sujet qu’il existe d’artistes. Cependant, plusieurs d’entre eux s’inspirent de l’art et intègrent des techniques traditionnelles dans leur pratique artistique. De cette façon, ils s’inscrivent dans une continuité avec leur culture. Cependant, la majorité des artistes qui ont exposé à La Guilde récemment ont une démarche résolument novatrice et personnelle, qui est marquée par les enjeux d’aujourd’hui. Plusieurs artistes réinterprètent les savoir-faire traditionnels pour en repousser les limites. À travers leur art, ils invitent souvent le public à entrer en dialogue ou à réfléchir sur le thème exposé, ce qui prodigue à leurs œuvres une grande richesse et une belle profondeur.


L. | Sentez-vous que vous contribuez à faire tomber certains préjugés entretenus envers l’art Inuit et celui des Premières Nations ?


L. G. | À La Guilde, nous exposons les œuvres des artistes autochtones et allochtones dans un même espace, sans distinction. À la galerie, les œuvres des métiers d’arts et celles des arts autochtones forment un tout harmonieux, sans sections prédéfinies, sauf pour ce qui sont des expositions temporaires, qui comprennent des thématiques spécifiques, mais sans catégoriser. Les œuvres se côtoient dans un espace moderne qui permet de les présenter dans toute leur diversité. Elles se conjuguent, se répondent, s’accordent et s’opposent.


L. | Au delà de l’opportunité d’exposer, est-ce que votre équipe accompagne les artistes autrement dans leur parcours artistique ?


L. G. | Nous organisons des activités culturelles sous différentes formes (ateliers, conférences, visites guidées, etc.) pour permettre aux artistes de parler eux-mêmes de leur pratique et de transmettre leur savoir-faire. Tant à la galerie que lors d’expositions temporaires, nous valorisons un contact direct et personnalisé entre les artistes, et le public. La Guilde veut offrir une plateforme aux artistes, être un lieu d’échange où ils peuvent partager leurs connaissances. Dans ce même but, La Guilde engage aussi des artistes et des spécialistes autochtones pour être commissaires de ses expositions. Nous nous assurons également que les textes de présentation soient traduits dans la langue maternelle des artistes dont les oeuvres sont exposées. Nos expositions temporaires permettent aussi aux artistes de présenter un nouvel aspect de leur pratique, d’explorer leur médium et même, parfois, de présenter une exposition solo pour la toute première fois. Cet espace nous permet enfin de faire la promotion de leur travail auprès de notre réseau.


L. | Parlez-nous des membres de votre équipe.


L. G. | Les membres de notre équipe viennent principalement des milieux de l’histoire de l’art, de la muséologie et des organismes culturels. Notre directrice générale, Michelle Joannette, détient une maîtrise en études des arts et gère des OBNL depuis plus de trente-cinq ans, plus particulièrement des institutions muséales ces vingt dernières années. L’adjoint à l’administration et à la gestion des collections, Lassena Coulibaly, est diplômé en administration des affaires et en muséologie. La directrice de la galerie, Charlotte Racine, est diplômée en muséologie et travaille en galeries depuis plus de quinze ans. La coordonnatrice aux activités culturelles, Marie-Hélène Naud, possède une maîtrise en histoire de l’art. L’assistante à la galerie, Laetitia Dandavino Tardif, détient une maîtrise en muséologie de l’université de Toronto. Le coordonnateur aux opérations, Rémo Javier Castillo, travaille à La Guilde depuis douze ans et dispose d'une formation universitaire en art et en langues. La coordonnatrice aux communications et à la programmation, Geneviève Duval, possède une maîtrise en Design Studies et Curatorial Studies de l’université de New York, ainsi qu’un certificat en muséologie et diffusion de l’art. Au fil des ans, de nombreux étudiants et stagiaires se sont joints à l'équipe pour élaborer différents projets spéciaux.


3 artistes à découvrir à La Guilde


CHERYL WILSON-SMITH

VERRE


Artiste verrière de Red Lake, en Ontario, Cheryl Wilson-Smith a complété plusieurs formations en verre, dont une à Murano, en Italie, et participé à de nombreuses résidences d’artistes à l’international, entre autres en Norvège et en Angleterre. Ses œuvres ont été exposées à travers l’Amérique du Nord et lui ont valu des prix, notamment le RBC du verre, 2014 ainsi que Chalmers Arts Fellowships en 2018.


POURQUOI FAUT-IL VOIR SES ŒUVRES ?

Cheryl Wilson-Smith crée des formes de pâte de verre sculpturales originales aux textures fascinantes et or- ganiques. Pour créer ses œuvres, elle superpose mi- nutieusement des centaines de couches de pâte, un peu à l’image d’une impression 3D – un processus qui nécessite des semaines de travail. Ses œuvres évoquent à la fois force et fragilité, rappelant l’équilibre naturel des choses. Elles nous font aussi voyager jusque dans son coin de pays, où abondent lacs, arbres et glaciers.



MEKY OTTAWA

DESIGN GRAPHIQUE + VIDÉO


Basée à Tio’tia :ke/Montréal, l’artiste multidisciplinaire atikamekw Meky Ottawa réalise des vidéos, crée des illustrations et conçoit des installations. Activiste fé- ministe pour les droits autochtones, ses œuvres sont animées, engagées, politiques et empreintes d’hu- mour. Son court métrage Elle et moi, réalisé en 2007, a été présenté aux festivals Présence autochtone de Montréal, Planète Honnête en France, ainsi qu’au Winnipeg Aboriginal Film Festival. Elle est aussi derrière la somptueuse murale dédiée à la grande cinéaste Alanis Obomsawin, à Montréal.


POURQUOI FAUT-IL VOIR SES ŒUVRES ?

Les œuvres de Meky Ottawa s’inspirent de ses ex- périences personnelles, de ses origines, de son héri- tage atikamekw, de sa perspective féministe et de sa vie urbaine quotidienne. Elle utilise la ligne franche, les couleurs et le symbolisme pour communiquer ses expériences et partager son patrimoine cultu- rel. Son travail rend compte du regard d’une artiste émergente activiste autochtone en contexte urbain actuel. Elle fait partie d’une génération dynamique d’artistes autochtones usant de technologies récentes pour explorer des formes artistiques contemporaines.




SHUVINAI ASHOONA

DESSIN + LITOGRAPHIE


Artiste Inuit de troisième génération, Shuvinai Ashoona, originaire de Kinngait au Nunavut, a débuté sa pra- tique artistique durant les années 1990. Ses œuvres ont depuis attiré l’attention des plus grands musées et collectionneurs du monde et ont été exposées tant au Canada qu’à l’étranger. Sa renommée in- ternationale lui a permis de collaborer notamment avec l’artiste céramiste Shary Boyle. Elle a reçu au fil des ans de nombreux prix attestant de sa contri- bution majeure aux arts visuels canadiens et à l’art Inuit contemporain.


POURQUOI FAUT-IL VOIR SES ŒUVRES ?

Les œuvres de Shuvinai Ashoona sont audacieuses et jouissent d’un style distinctif unique qui se renou- velle constamment. Depuis les années 2000, elle brise les stéréotypes du mode de vie, de la culture et de l’art Inuit. À travers ses dessins grand format, elle capture les changements drastiques de la vie dans le nord en faisant s’entrechoquer des symboles de la mythologie Inuit, des représentations de son imagi- naire, des moments de la vie sédentaire et des figures de la culture populaire allochtone. Ses œuvres sur- prenantes sont peuplées de créatures fantastiques dans des mises en scène grandioses.


La Guilde

1356, rue Sherbrooke Ouest

Montréal (QC) H3G 1J1

514-849-6091


Année d’ouverture | 1906

Propriétaire | La Guilde est un organisme à but non lucratif


laguilde.com

Instagram | @laguildemtl

Facebook | @LaGuildeMTL



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