Sous influence IKEA : chez Steve Gonçalves, alias Mister Minimalist

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Entretien
Texte
Dave Richard
Photos
Christophe Roberge
Depuis quelques années, un phénomène inattendu agite la scène du design : les pièces rétro d’IKEA suscitent un véritable engouement. Sur TikTok, Instagram et les sites de revente, certains exemplaires de lampes, d’étagères ou de fauteuils atteignent des prix inespérés. En Suède, à Stockholm, des meubles IKEA des années 1970 ont été vendus à plus de 30 000 € lors d’enchères. Loin d’être une simple enseigne de masse, IKEA s’impose comme une marque culturelle majeure qui a bouleversé les codes du design industriel et dont les créations entrent désormais dans la catégorie des objets de collection.
Collectionneur passionné et influenceur suivi par une communauté internationale, Steve Gonçalves contribue à cette effervescence. Sous le nom de Mister Minimalist, il documente depuis quelques années les pièces d’IKEA qu’il collectionne et chérit. Pour lui, la marque n’est pas seulement une enseigne démocratique : c’est un terrain de jeu culturel où se croisent design, mémoire et émotions.
« Le documentaire Minimalism sur Netflix m’a beaucoup marqué. C’est de là qu’est venu mon nom sur les réseaux sociaux, Mister Minimalist. À l’époque, je vivais selon cette idée que chaque chose qui entrait chez moi devait en faire sortir une autre. Si un objet ne t’apporte aucune émotion, tu devrais t’en débarrasser. »
Fidèle à cette philosophie, Steve n’a jamais cherché à accumuler pour accumuler. Lorsqu’il a commencé à collectionner des pièces IKEA, il a appliqué la même logique : introduire de nouvelles trouvailles, revendre ce qui ne lui parle plus et conserver ce qui présente une charge affective. Sa collection est ainsi devenue vivante, évolutive et, surtout, profondément personnelle.
Il insiste aussi sur la manière dont il constitue sa collection. Contrairement à ceux qui se ruent sur les sites de revente où les prix s’envolent, il est fier d’avoir trouvé la majorité de ses pièces dans des brocantes, des magasins d’occasion ou sur des petites annonces en ligne, souvent pour une bouchée de pain. Pour lui, la chasse importe autant que le trésor : il y a la patience d’attendre la bonne trouvaille, l’excitation de reconnaître une pièce rare au milieu d’objets banals et la satisfaction de lui redonner une nouvelle vie. Plus qu’un simple achat, chaque découverte devient une histoire à raconter.
Au fil de la visite de son appartement, Steve met en lumière des pièces emblématiques. Il évoque notamment la lampe de sol IKEA PS 2017 dessinée par Ola Wihlborg, avec son large abat-jour en forme de coupole. Devenue introuvable pendant un temps, elle a suscité un tel engouement que sa cote a rapidement grimpé en ligne, confirmant son statut de pièce culte. C’est en la partageant sur Instagram que Steve a vu son nombre d’abonnés exploser, révélant le pouvoir viral de certains objets IKEA. Si certaines collaborations récentes d’IKEA ont marqué les esprits, comme celles menées avec Ilse Crawford, HAY ou Sonos, ce sont surtout celles avec Virgil Abloh, Raw Color et Gustaf Westman qui ont trouvé un écho particulier chez Steve.
« Quand des designers collaborent avec IKEA, ils doivent composer avec les contraintes de prix imposées par la marque, tout en restant fidèles à leur ADN créatif. C’est ce qui rend le résultat intéressant : réussir à offrir quelque chose d’abordable sans compromettre la signature du designer », observe-t-il.
Les réseaux sociaux jouent un rôle clé dans ce phénomène. Ce qui est lancé sur TikTok circule ensuite sur Instagram, créant des vagues de popularité qui font exploser la demande. C’est le cas de certaines étagères ou de certains fauteuils postmodernes, devenus cultes en l’espace de quelques vidéos virales. Pour répondre à cet engouement, IKEA, elle-même, s’est mise à rééditer des modèles emblématiques à travers la collection Nytillverkad, preuve que l’entreprise assume pleinement la valeur patrimoniale de ses créations passées.
Steve en est à la fois observateur et acteur. Ses publications dévoilent ses trouvailles, ses ambiances intérieures et son approche colorée, contrastant avec l’esthétique minimaliste stricte de ses débuts en noir, en gris et en blanc.
« Les gens pensent souvent que le minimalisme exclut la couleur, mais, pour moi, ça reste compatible », dit-il, assumant un style hybride entre rigueur et fantaisie.
Au-delà des tendances, ce qui motive Steve, ce sont les histoires derrière chaque objet. Son « canapé de rêve » reste le modèle Moment de Niels Gammelgaard, lancé dans les années 1980. Avec sa structure tubulaire en métal et son allure industrielle inspirée du Bauhaus, il est considéré comme l’un des premiers canapés IKEA à incarner la philosophie du flatpack – des meubles en kit à assembler — tout en affichant un look résolument avant-gardiste pour l’époque. Aujourd’hui, il figure parmi les pièces les plus emblématiques et recherchées sur le marché rétro. L’une de ses possessions IKEA les plus chères reste justement une affiche signée par Niels Gammelgaard, acquise lors de leur rencontre. Pouvoir échanger directement avec ce designer emblématique fut un moment marquant pour lui, qu’il a immortalisé en rapportant le précieux document en avion, soigneusement tenu dans ses mains pour ne pas l’abîmer.
La démarche de Steve Gonçalves illustre une réalité plus large : IKEA est bien plus qu’un fournisseur de mobilier abordable. Ses créations, qu’elles soient issues de la production de masse ou de collaborations prestigieuses, ont façonné des générations entières et occupent aujourd’hui une place singulière dans l’imaginaire collectif. En conciliant minimalisme et collection, Steve rappelle qu’un objet peut dépasser sa fonction pour devenir le vecteur d’une émotion, d’un souvenir ou d’une communauté. À travers son regard, IKEA entre assurément dans l’histoire vivante du design contemporain.
www.IKEA.com/ca
Sur Instagram @mister_minimalist, @ikea