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Réorienter l’expérience quotidienne : le projet St-Henri, par Vives St-Laurent

Salle à manger du projet St-Henri par Vives St-Laurent, table en bois massif et rideaux pleine hauteur diffusant la lumière naturelle.
La salle à manger s’inscrit dans une continuité lumineuse, adoucie par des rideaux pleine hauteur qui modulent la façade vitrée.

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Design résidentiel

Texte
Dave Richard

Photos
Alex Lesage

Localisation : Montréal, Qc
Type de projet : Rénovation
Budget approximatif : Confidentiel
Réalisation : 2025
Conception : 6 mois
Travaux : 6 mois
Superficie : 1200 pi² / 112 m²

Les copropriétés montréalaises construites au début des années 2000 offrent souvent des superficies confortables et une fenestration abondante, mais peu de caractère architectural. À Saint-Henri, dans un condo de 1 200 pi² bordant le canal de Lachine, Vives St-Laurent a transformé l’un de ces intérieurs standardisés en un espace où la lumière, la circulation et l’orientation des usages redéfinissent la relation à l’extérieur.

Le séjour privilégie des matières chaleureuses et une composition épurée, orientée vers la lumière naturelle.

Lors de la première visite, le potentiel était évident — mais déséquilibré. « L’aire de vie principale était généreuse, au point de pouvoir accueillir deux salons distincts, alors que la cuisine de type laboratoire se retrouvait reléguée dans un coin, comprimée et en retrait », explique Vives St-Laurent. Cette disproportion créait une hiérarchie spatiale peu cohérente avec les habitudes contemporaines, où la cuisine agit désormais comme pivot domestique.

Les assises s’orientent vers la façade vitrée, intégrant la présence diffuse du paysage au quotidien.
Le mobilier structure l’espace sans le cloisonner, renforçant la hiérarchie des usages.
La bibliothèque sur mesure unifie le mur principal et apporte chaleur et rangement intégré.

L’appartement présentait une structure fonctionnelle, mais un langage neutre : absence de moulures, finitions génériques, organisation peu hiérarchisée. Cette neutralité, typique d’une période marquée par l’efficacité constructive, laissait peu de place à une véritable intention spatiale. Elle offrait toutefois une liberté d’intervention — à condition de composer avec les contraintes techniques existantes.

Plutôt que d’opter pour une transformation radicale, les designers ont choisi une approche stratégique. « Nous avons conservé la majorité de l’organisation existante, principalement pour des raisons budgétaires. Redonner une intention ne passe pas nécessairement par une refonte structurelle complète. » Le projet s’est construit par une série d’ajustements ciblés : remplacement des planchers, unification des teintes murales, mise à niveau des portes et de la quincaillerie. Des gestes discrets, mais structurants.

Le bois naturel renforce la cohérence matérielle et adoucit l’architecture existante.
La palette neutre et pérenne accompagne la lumière et favorise une atmosphère stable.

La reconfiguration de la cuisine constitue l’intervention la plus déterminante. L’intégration d’un îlot redonne à l’espace sa centralité, tant fonctionnelle que sociale. Désormais en dialogue direct avec le séjour et la salle à manger, la cuisine s’inscrit au cœur de l’aire ouverte. Ce déplacement symbolique — plus que structurel — redéfinit la hiérarchie des usages.

Un travail similaire s’est opéré dans la salle de bain principale. Le bain podium d’origine, massif et peu ergonomique, occupait une surface considérable. Sans déplacer la plomberie, l’équipe transforme son emplacement en une vaste douche. « Plutôt que de concevoir un projet idéal à ajuster ensuite, nous avons travaillé à partir des réalités du bâtiment. » Cette posture pragmatique, attentive aux contraintes d’un immeuble en copropriété, a permis d’éviter les compromis tardifs.

L’ancien bain podium cède la place à une vaste douche, optimisant l’espace sans déplacer la plomberie.
Les lignes épurées et les teintes minérales contribuent à une lecture plus actuelle de l’espace.
La robinetterie encastrée souligne la sobriété matérielle et la précision des interventions.

Le cœur de l’appartement s’organise désormais autour d’une vaste aire ouverte réunissant salon, salle à manger et cuisine. Les assises s’orientent vers la façade vitrée, inscrivant les gestes quotidiens dans une continuité lumineuse. « Ce qui nous a immédiatement séduits, c’est la luminosité exceptionnelle de l’unité », soulignent les designers. Localisée en coin, l’unité bénéficie d’une fenestration abondante et d’une vue dégagée sur le canal de Lachine. Cette relation privilégiée à l’extérieur devient le fil conducteur du projet.

Il ne s’agissait pas d’exhiber le paysage, mais d’en intégrer la présence diffuse à l’expérience intérieure. La lumière devient un matériau à part entière, modulé par l’ajout de rideaux pleine hauteur qui adoucissent la rigueur des ouvertures et introduisent une texture vaporeuse.

L’îlot redonne à la cuisine sa centralité et structure l’aire ouverte.
La cuisine dialogue désormais avec la salle à manger et le séjour.
Les contrastes subtils apportent profondeur et précision au traitement minimaliste.
Les rideaux adoucissent la façade vitrée et transforment la lumière en matériau.
Une composition sobre qui met en valeur les volumes et la continuité des surfaces.
L’unification des teintes renforce la cohérence et la lecture architecturale.

La cohérence du projet se prolonge dans le mobilier et les détails. Vives St-Laurent a accompagné les clients jusqu’aux plus petites décisions — literie, vaisselle, crochets muraux. « Ces choix contribuent à la cohérence globale et renforcent l’intention du projet. » Le mobilier agit ici comme outil de hiérarchisation, structurant les séquences de vie sans cloisonner.

Si le chantier s’est déroulé sans heurts majeurs, un point de tension subsistait : la logistique des approvisionnements. Ce projet marquait la mise en œuvre d’un service de prise en charge complète des achats. Centraliser les commandes assurait une cohérence forte, mais exigeait une gestion rigoureuse des délais fournisseurs. Cette orchestration invisible participe pourtant pleinement à la qualité du résultat.

Un poste de travail intégré à la lumière diffuse de la façade.
Les détails mobiliers participent à la hiérarchisation des usages.
Une composition calme et enveloppante, dans la continuité de la palette du projet.
Le bois naturel et les textiles légers instaurent une atmosphère apaisée.
La vanité en bois naturel réchauffe la salle de bain et dialogue avec la palette minérale.

À Saint-Henri, quartier en constante transformation, cette intervention rappelle qu’un intérieur standardisé n’est jamais définitif. Redonner une intention à des espaces conçus selon une logique d’efficacité ne passe pas nécessairement par la rupture. Ici, la transformation tient à la justesse des ajustements, à une hiérarchie spatiale rééquilibrée et à une lumière apprivoisée. Un travail d’alignement discret, où l’architecture cesse d’être neutre pour accompagner le rythme du quotidien.

La suspension sculpturale et les textiles filtrants mettent en valeur la lumière diffuse du canal.

Chargée de projet : Camille Girard Barrette
Fournisseurs : Steam Cuisine, Ramacieri Soligo, Unik Parquet, Les Studios Luminaires, Kelli Shop, Coolican & Company, Kastella, Palazzani, HAY

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