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L'Objet 2026 : l'incertitude comme matière à créer

Identité visuelle de L’Objet 2026 présentant une sphère dégradée lumineuse sur fond noir autour du thème La Crise de l’Objet.
Pour sa 34e édition, L’Objet prenait appui sur La Crise de l’Objet, une réflexion sur l’incertitude comme moteur de création et terrain d’expérimentation pour la relève en architecture.

Design

Objet

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Dave Richard

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L'Objet

Présentée le 20 mars 2026 au Musée de la civilisation, la 34e édition de L’Objet, l’exposition-encan annuelle de l’École d’architecture de l’Université Laval, a réuni près de 500 personnes autour de 38 créations imaginées par 69 étudiantes et étudiants. Inspirée par le thème La Crise de l’Objet, cette édition explorait une question qui dépasse largement le cadre de l’objet lui-même : comment créer lorsque les repères deviennent instables?

Les objets que nous produisons racontent rarement uniquement leur fonction. Ils révèlent aussi des manières de fabriquer, des ressources disponibles, des préoccupations collectives et des façons d’habiter le monde. À un moment où les habitudes de production, les usages et les rapports à la matière se transforment rapidement, l’objet devient parfois moins une réponse qu’un espace d’expérimentation.

Cette réflexion traversait la 34e édition de L’Objet, l’exposition-encan annuelle de l’École d’architecture de l’Université Laval, présentée au Musée de la civilisation. Inspirées du thème La Crise de l’Objet, les 38 propositions conçues par 69 étudiantes et étudiants semblaient moins chercher une forme définitive qu’ouvrir différentes pistes d’exploration et d’interprétation.

Par ses plateaux aux contours fluides et superposés, La Plante à Monique explore une relation plus mouvante entre forme et fonction. La Plante à Monique — Xavier Morneau
Par une structure réduite à l’essentiel, La Démasquée met en évidence les éléments qui soutiennent l’objet plutôt que de les dissimuler. Une approche qui rappelle que concevoir consiste parfois à retirer autant qu’à ajouter. La Démasquée — Félix Laprise
Avec sa structure légère et sa lumière diffusée à travers le textile, Montgolfière explore une présence discrète où la matière semble suspendre momentanément la frontière entre objet et atmosphère. Montgolfière — Ève Désilets, Clara Hébert, Cécile Leclerc

Plus qu’un exercice formel, plusieurs approches donnaient l’impression d’interroger la manière dont les objets prennent forme aujourd’hui : leur stabilité, leur transformation ou leur capacité à évoluer avec les usages qu’on leur attribue.

À travers la galerie d’œuvres, les propositions semblaient moins chercher une forme stable ou définitive qu’explorer différentes façons d’envisager l’objet. Certaines invitaient à revoir son rôle, d’autres sa fonction ou sa relation avec les gestes et les contextes qui l’entourent. Ensemble, ces propositions laissaient entrevoir une approche qui semble accorder davantage de place à la recherche, à l’essai et aux questions encore ouvertes.

Avec ses matériaux utilitaires et ses éléments d’assemblage laissés visibles, 1er Juillet semble déplacer les frontières entre objet domestique, transport et adaptation des usages. 1er Juillet — Hubert Homocea-Legaré, Simone Leblanc, David Lessard, Rose Boucher-Emond
Par le jeu des formes géométriques et des couleurs franches, Empilement transforme des volumes simples en une composition qui oscille entre objet fonctionnel et construction abstraite. Empilement — Sarah-Claude Duval
Avec Échec, le jeu devient aussi un terrain de lecture des rapports entre stratégie, déplacement et interaction. Échec — Noémie Anderson, Clara Gagné
En réunissant des matériaux associés à des temporalités et à des fonctions différentes, Discordance joue avec des rapports de tension et d’équilibre qui semblent volontairement laissés visibles. Discordance — Diego Moreno, Margaux Richer
Avec sa forme souple et son caractère utilitaire, État d’urgence attire l’attention sur les petits objets qui accompagnent désormais les gestes ordinaires du quotidien. État d’urgence — Charles Castonguay, Sophie Dupont

La soirée a réuni près de 500 personnes issues de différents horizons — étudiants, diplômés, professionnels et visiteurs — autour des enchères et d’une remise de prix récompensant le travail de onze conceptrices et concepteurs. L’événement contribue également au financement de l’exposition des finissantes et finissants en architecture (ExFA), tout en favorisant des échanges qui dépassent le cadre de l’école.

Façonné dans un seul bloc de merisier issu d’un arbre tombé, Debout conserve volontairement ses stries et ses fissures visibles. L’objet refuse une fonction unique et porte les traces du temps plutôt que de les effacer. Debout — William Maltais
En réduisant l’objet à sa mécanique essentielle, Double Face transforme l’écoute en un geste plus attentif. Son approche dépouillée a également marqué la soirée en atteignant 2 500 $, soit le record de vente de cette 34e édition. Double Face — Zachary Lambert, Gabriel Lemelin
Par l’association de matériaux industriels et d’une lumière tamisée, Qui garde la lumière interroge la manière dont un objet transforme l’ambiance et l’expérience d’un espace. Qui garde la lumière — Nathalou Dubé, Laurence Gauthier, Alexanne Girard, Ève-Marie Nadon
Par son assemblage de surfaces translucides et de volumes répétitifs, Alum transforme la lumière en une matière qui semble varier selon l’angle et la perception. Alum — Alicia Ménard, Shone Sotthachith, Vincent Rozon, Brandon Duque
Avec Les Maladresses, l’objet utilitaire semble déplacer légèrement les attentes liées aux gestes du quotidien, comme si l’imperfection pouvait elle aussi devenir un point de départ pour concevoir autrement. Les Maladresses — Élisabeth Gagnon
Inspirée du sablier, NOVEMBRE transforme le passage du temps en un geste tangible. En jouant avec le poids, l’équilibre et l’extinction graduelle de la lumière, l’objet invite à ralentir dans un contexte marqué par l’accélération constante. Lauréat du prix remis par la présidence d’honneur Anne Carrier Architectes. NOVEMBRE — Félix Chabot, Christophe Laplante

Anne Carrier Architectes assurait la présidence d’honneur de cette édition, prolongeant un dialogue entre la relève et le milieu professionnel qui accompagne L’Objet depuis plusieurs décennies.

Les bâtiments prennent parfois des années à émerger. Les objets, eux, permettent aux idées d’apparaître plus rapidement, encore imparfaites, parfois contradictoires. Dans ces formes provisoires se dessinent souvent les premières lignes des paysages à venir.

Avec son équilibre volontairement instable entre masse et légèreté, Moment Décalé semble déplacer les attentes associées à l’objet utilitaire. Moment Décalé — William Parenteau, Elias Iguer