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La collection KONSTRUNDA de IKEA : quand la démarche artistique change d'échelle

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Design

Décor

Texte
Dave Richard

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IKEA

Que reste-t-il d’une démarche personnelle lorsqu’elle passe de l’atelier à la production industrielle? En septembre 2026, IKEA lancera KONSTRUNDA, une collection de mobilier, d’objets et de textiles réunissant le travail de sept artistes et designers. Avec l’ambition de rendre l’art plus accessible, le projet montre aussi comment des pratiques singulières peuvent changer d’échelle et rejoindre des milliers d’intérieurs.

Passer de l’objet façonné à quelques exemplaires à celui produit en série suppose plusieurs adaptations. Une matière doit pouvoir être reproduite, une forme ajustée aux contraintes de fabrication, un assemblage répété avec précision. Avec KONSTRUNDA, les démarches individuelles de sept créateurs rencontrent ainsi les moyens industriels et le réseau de distribution d’IKEA. Des idées, des formes et des manières de travailler la matière développées dans des contextes plus restreints peuvent alors circuler à une tout autre échelle.

Née à New Delhi, la designer et artiste visuelle Akanksha Deo puise dans l’histoire et les techniques textiles indiennes. Plusieurs de ses créations pour IKEA ont été développées avec des artisans en Inde, en associant savoir-faire traditionnels et procédés contemporains. Pour KONSTRUNDA, son univers prend notamment la forme d’une tapisserie suspendue d’un bleu intense et d’un objet en acier inoxydable aux courbes souples. Elle s’intéresse également à la relation affective que nous entretenons avec les choses qui nous entourent :

« Nous traversons aujourd’hui une sorte d’épidémie de solitude, alors que de plus en plus de gens vivent isolés. Ce sentiment de manque m’a amenée à considérer les objets comme des compagnons : des présences silencieuses, mais familières, qui occupent un espace dans notre esprit un peu comme le ferait un ami. »

Chez Andu Masebo, la relation entre conception et fabrication faisait déjà partie de la pratique. Basé à Londres, il s’est formé à la menuiserie, à la ferronnerie et à la céramique avant d’obtenir une maîtrise en design de produit au Royal College of Art. Ses tabourets en pin massif et sa pièce en acier inoxydable traduisent cette proximité avec la fabrication : les formes restent simples et les qualités propres aux matériaux participent directement à leur expression.

La collection fait également cohabiter des langages très différents. Lisa Reiser travaille le verre en volumes ondulés qui semblent encore en mouvement. Emanuele Stamuli compose avec des formes géométriques et des contrastes de noir et de blanc. Ingrid Leander Berg et Igor Holtermann, qui créaient principalement des peintures murales, ont transporté leurs rayures, aplats et motifs vers des tapis, des coussins et un miroir.

Le parcours de Lisa Hilland illustre particulièrement bien ce passage d’une échelle à l’autre. La designer suédoise travaille depuis plus de vingt ans à la rencontre de l’artisanat et des techniques de production contemporaines, tandis que certaines de ses créations se retrouvent aussi dans des maisons de vente aux enchères. Pour KONSTRUNDA, elle a dessiné un tabouret en pin composé de volumes cylindriques et une sculpture en grès orange. Malgré les exigences de la production, son processus laisse une place importante à l’instinct et à l’accident :

« J’aime presque me tromper, parce que l’erreur ouvre la porte à l’inattendu. C’est comme une vague de fraîcheur sur laquelle on se laisse porter. Je préfère faire confiance à mon instinct et créer des objets capables de susciter une émotion, d’apporter de la joie et, peut-être, de donner le sentiment d’appartenir à quelque chose de plus grand. »

À partir de septembre, ces objets connaîtront une étape que leurs créateurs ne maîtriseront plus entièrement : leur appropriation. Une même forme pourra devenir le point focal d’une pièce, côtoyer un meuble hérité ou simplement accompagner le quotidien pendant des années. Certains connaîtront le nom de son créateur et sa démarche; d’autres choisiront simplement l’objet pour sa forme, sa matière ou la réaction qu’il provoque. Le changement d’échelle se joue aussi là : lorsqu’une idée quitte le milieu qui l’a vue naître et commence à circuler pour elle-même.

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