À fleur de pavé : la terrasse Letourneux, par Ligne et By Lemoignan

Design
Design résidentiel
Texte
Muriel Françoise
Photos
Christophe Roberge
Localisation : Montréal, Qc
Type de projet : Rénovation
Superficie : 160 pi2 / 15 m2
Budget approximatif : $ Restreint
Réalisation : 2024
Mathieu Jacques Bourgault et Dave Richard cultivent un goût pour le beau qu’ils font rayonner dans le magazine Ligne depuis cinq ans. Dans leur tanière créative d’Hochelaga, à Montréal, ils explorent une nouvelle approche de la nature en milieu urbain grâce à une terrasse en bordure d’une ruelle repensée à la lumière de leurs besoins en collaboration avec le designer Tony Lemoignan, du studio By Lemoignan. Nous nous y sommes posés par une belle après-midi d’automne pour une conversation sans filtre avec ces semeurs d’idées aux quatre vents.
Comment l’idée de cette terrasse a-t-elle germé?
Dave Richard - Notre appartement précédent se trouvait à Rosemont. Nous y disposions d’un jardin avec un potager et une pelouse. En achetant un loft à Hochelaga, nous nous sommes soudainement retrouvés avec une terrasse comme seul espace extérieur. Nous avons eu envie de l’aménager comme nous l’aurions fait pour une petite cour. Nous voulions aussi profiter de la platebande qui longeait celle-ci. Cette langue de terre était en friche à notre arrivée. En accord avec la copropriété, nous y avons fait des plantations. Au départ, nous voulions juste y faire pousser quelques fleurs, mais, au fil du temps, Mathieu s’est passionné pour la biodiversité en milieu urbain. Il a donc semé des graines de plantes indigènes bénéfiques aux pollinisateurs.
Quelle cadre de vie avez-vous eu envie de créer?
Mathieu Jacques Bourgault - Nous avons voulu inviter la nature chez nous pour avoir plus de contacts avec elle et disposer d’un espace de repli et de détente. Six mois par année, nous pouvons profiter d’une pièce supplémentaire, propice à la réflexion et au repos. Nous aimons beaucoup lire et faire la sieste!
Renoncer, c’est choisir. Qu’avez-vous écarté d’emblée lors de la conception de votre terrasse?
M. J. B. - Comme l’espace était restreint, nous avons fait en sorte de trouver des solutions pour répondre à différents besoins. Nous avons renoncé à cuisiner et à manger à l’extérieur. En vivant dans un loft ouvert sur une terrasse, prévoir un barbecue, une table et des chaises nous semblait superflu. Par contre, des cubes et des rectangles de différentes hauteurs, conçus en collaboration avec l’entreprise québécoise Béton Johnstone, nous ont permis de disposer de tables d’appoint et d’un support pour un four à pizza. Nous pouvons les réunir pour un apéro entre amis ou y déposer un livre, une plante, un bouquet ou encore une sculpture un peu comme sur un piédestal. La verdure est venue remplacer un équipement extérieur plus conventionnel.
Quelles ont été vos inspirations pour l’aménagement de ce projet?
M. J. B. - Nous avons eu envie d’un jardin d’inspiration anglaise, selon le principe du chaos gardening, qui alterne les couleurs pour créer un rythme et tient compte d’une croissance ou d’une floraison à différents niveaux et moments. C’est une manière, en quelque sorte, de copier la nature. Le jardin est en constante évolution et c’est ce qui fait son charme. Je m’y autorise des expérimentations, comme la culture de pavots bleus de l’Himalaya dont nous avons ramené des graines lors d’une visite aux Jardins de Métis, en Gaspésie, le printemps dernier.
D.R. - J’ai toujours rêvé de grandes portes qui s’ouvraient sur une muraille verte. La firme d’architecture montréalaise La Shed conçoit souvent des aménagements végétaux sur plusieurs niveaux, un peu comme des marches ou des gradins. Je me suis rendu compte que nous pouvions envisager un jardin sur trois niveaux grâce à une culture en bacs. Cette disposition crée une belle variété de hauteurs et de textures.
Mathieu, d’où provient cet amour du jardinage?
M. J. B. - J’ai remarqué, grâce au potager de notre ancien appartement, que jardiner apaisait l’anxiété dont je souffrais. Lorsque j’ai les mains dans la terre, rien d’autre ne traverse mon esprit, je suis complètement absorbé dans cette tâche manuelle qui vient avec des défis, mais aussi de la gratification. Le jardinage me permet par ailleurs de me familiariser avec le lâcher-prise. En prenant soin de notre jardin, je prends soin de moi.
La création de cette oasis de verdure a-t-elle changé votre rapport à la ville?
D.R. - Je suis un grand amoureux de la ville qui a énormément de ressources à offrir à ses habitants. Nous passons d’ailleurs souvent nos vacances à Montréal. Investir dans un milieu où je vis 90 % du temps me semble plus pertinent que d’acheter un chalet à deux heures de route d’ici, où je n’irais que les fins de semaine d’été. On a parfois l’impression d’avoir besoin de quelque chose de plus grand que ce qui est nécessaire au bien-être. Il y a un équilibre à trouver entre ses envies et ses besoins réels.
M. J. B. - On a connu la vie de chalet. On aimait s’y reposer, lire et écouter le chant des oiseaux. On a réussi à retrouver ça ici. Grâce à un grand arbre qui couvre la ruelle, on a parfois même l’impression d’être dans la jungle.
Croyez-vous aux vertus du beau face aux enjeux climatiques de notre époque?
D.R. - Oui, j’y crois profondément. Charmer par des initiatives individuelles comme celle-ci a plus de chances de convaincre les gens de passer à l’action pour sauver notre planète que de leur faire peur avec des perspectives alarmistes. Qui ne rêve pas de vivre dans un bel environnement? Il en va de même pour le design. Si les marques conçoivent des objets durables aux formes désirables, ceux-ci sont plus susceptibles de plaire à un large public.
Avez-vous de nouveaux rituels depuis que vous disposez de ce jardin de ville?
D.R. - J’aime m’asseoir les fins d’après-midi sur une chaise dessinée par les frères Bouroullec pour HAY. Ses lignes majestueuses me donnent l’impression de disposer d’un trône. Je l’avais choisie pour lire, mais j’aime m’y installer pour observer notre jardin, réfléchir au calme, me détendre ou, comme chantait Cabrel, écouter pousser les fleurs.
M. J. B. - J’ai pris l’habitude de m’y poser, avec un café, lorsque je me lève, avant de me connecter à la technologie. Ce démarrage en douceur m’aide à me préparer à mes journées de travail, à ordonner mes priorités et à apprécier le moment présent.
Design : By Lemoignan
Construction : La Ligne Verte
Service conseil pour les végétaux : Nouveaux Voisins
Revêtement de sol et muret en composite : NewTechWood
Bacs de plantation : Veradek
Mobilier : Élément de base, Béton Johnstone, HAY
Accessoires : HAY, Goodee, IKEA, Studio Minéral, Confetti Mill, Maison Stoï
www.bylemoignan.com
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