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27e édition du Festival international de jardins : le sensible comme territoire

Affiche de la 27e édition du Festival international de jardins 2026, conçue par le studio bureau60a sous le thème « Cartographier le sensible ».
Conçue par le studio québécois bureau60a, l’identité visuelle de la 27e édition du Festival international de jardins traduit le thème « Cartographier le sensible » à travers un langage graphique inspiré de la cartographie et des mouvements organiques du vivant.

Design

Événement

Texte
Dave Richard

Photos
Martin Bond
Dave Richard
Annie Vanasse

Identité visuelle
bureau60a

Et si un jardin pouvait se lire comme une carte des émotions, des souvenirs et des sensations? Pour sa 27e édition, le Festival international de jardins invite les visiteurs à « cartographier le sensible » à travers cinq installations inédites et une programmation culturelle qui transforme les Jardins de Métis en un vaste territoire de création. Une proposition qui prend un relief particulier alors que le site célèbre cette année son centenaire.

Depuis plus de vingt-cinq ans, le Festival international de jardins explore les multiples façons dont l’architecture de paysage renouvelle notre rapport au vivant. Après avoir consacré son édition précédente à la notion de frontière, il poursuit cette réflexion avec « Cartographier le sensible », un thème qui déplace le regard de la représentation du territoire vers l’expérience vécue.

« Après Frontières, on voulait revenir à quelque chose de plus près de l’expérience du jardin, explique Alexander Reford, directeur du Festival international de jardins, rencontré lors de notre visite du site. Un jardin se découvre avec les yeux, bien sûr, mais aussi avec l’odorat, le toucher, les sons et la façon dont on s’y déplace. C’est cette expérience que les concepteurs étaient invités à explorer. »

Cette idée traverse les cinq projets retenus cette année parmi les 204 propositions soumises par des équipes de 29 pays.

Magazine Ligne au Festival international de jardins 2026
Construite à partir d’arbres renversés lors de la tempête de décembre 2022, Again, a Garden transforme un épisode marquant de l’histoire des Jardins de Métis en un lieu de contemplation et de renouveau.
Chaque tronc conserve son écorce, ses cicatrices et ses différences, rappelant que la mémoire du paysage demeure inscrite dans la matière même de l’œuvre.
L’architecte paysagiste Hugh Taylor signe Again, a Garden, une installation qui fait dialoguer réemploi, écologie et mémoire du territoire.
Les arbres renversés lors de la tempête de 2022 ont été récupérés, entreposés puis réemployés pour donner naissance à Again, a Garden.
Le titre Again, a Garden prend ici tout son sens : le jardin renaît à partir d’arbres tombés, offrant une seconde vie à une matière que le paysage semblait avoir perdue.
À l’intérieur de Again, a Garden, les visiteurs circulent au cœur d’un espace façonné par des troncs réemployés, où architecture, paysage et biodiversité se rencontrent.

Avec Again, a Garden, Hugh Taylor imagine un jardin clos composé de troncs d’arbres empilés entre des plaques d’acier, où des espèces indigènes favorables aux pollinisateurs reprennent progressivement leurs droits. L’installation revêt toutefois une signification particulière aux Jardins de Métis : elle a été construite à partir d’arbres du domaine renversés lors de la violente tempête des 23 et 24 décembre 2022. Récupéré et préservé grâce à la mobilisation de bénévoles, ce bois retrouve aujourd’hui une nouvelle vie, donnant au titre Again, a Garden une portée encore plus évocatrice. Le jardin renaît littéralement de ce que le paysage avait perdu.

Avec Frame, Ulli Heckmann compose un dispositif architectural qui cadre le paysage et multiplie les points de vue. Les visiteurs sont invités à explorer l’installation et à prendre conscience de leur propre manière de percevoir l’espace.
Conçu par Étienne Lapleau, Mentho-artemision rassemble différentes communautés végétales afin de faire ressentir les transitions entre des milieux contrastés. Au fil de l’été, les plantations évolueront pour révéler toute la richesse sensorielle du projet.
En invitant les visiteurs à traverser un paysage en constante transformation, Mentho-artemision fait de la croissance des végétaux une composante essentielle de l’expérience.

Avec Frame, Ulli Heckmann compose un dispositif sculptural qui cadre le paysage et multiplie les points de vue, invitant chacun à prendre conscience de sa propre perception de l’espace. Dans Mentho-artemision, Étienne Lapleau rapproche les univers de la menthe et de l’armoise afin de faire ressentir, par l’odorat, le toucher et la vue, les transitions entre différents écosystèmes. Avec Tainai-Meguri, Measured Architecture, Tamotsu Tongu et Kumpei Wakino imaginent une arche immersive où nature, eau et lumière donnent une matérialité à l’univers numérique dans une expérience méditative. Enfin, Worm’s Eye, d’Ellen Harris, inverse le point de vue habituel en proposant de découvrir le territoire depuis le sol, privilégiant une connaissance intime et locale du paysage.

À l’abri de cette structure tressée, Tainai-Meguri invite à ralentir et à faire l’expérience d’un espace où la lumière, l’eau et la végétation composent un environnement propice à la contemplation.
Inspirée par l’idée d’un refuge, l’installation prend la forme d’une arche végétale qui invite les visiteurs à franchir un seuil entre le paysage et un espace plus introspectif.
En parcourant Tainai-Meguri, les visiteurs découvrent une œuvre qui privilégie l’expérience du corps et des sens plutôt que l’observation à distance.
À travers cette traversée végétale, Tainai-Meguri propose un passage entre le monde extérieur et un paysage intérieur où nature, architecture et perception se rejoignent.
Avec Worm’s Eye, Ellen Harris propose une autre manière d’habiter le paysage, en privilégiant une perception locale, sensible et attentive plutôt qu’une vision dominante du territoire.
Construite à partir d’une structure légère recouverte de végétaux, Worm’s Eye invite les visiteurs à ralentir et à découvrir le paysage depuis une perspective plus intime.
En traversant l’installation, les visiteurs expérimentent un parcours qui transforme leur rapport à l’espace et les invite à observer le territoire à une autre échelle.
L’architecte et artiste Ellen Harris présente Worm’s Eye, une œuvre qui remet en question les points de vue dominants en proposant une lecture plus proche du sol et du vivant.
Pour Ellen Harris, Worm’s Eye invite à porter attention aux formes de vie discrètes et aux réalités qui échappent aux grandes lectures du paysage, en privilégiant une expérience ancrée dans la proximité.

À ces cinq jardins s’ajoute Pousses de sons, une installation expérimentale spéciale de l’artiste rimouskois Tom Jacques, présentée elle aussi tout au long de l’été aux Jardins de Métis. Pensé comme un aménagement paysager sonore, le projet déplace l’attention du regard vers l’écoute. À travers une série de dispositifs activés par différents phénomènes naturels, l’artiste invite les visiteurs à devenir des promeneurs attentifs, pour qui les vibrations, les résonances et les sons du jardin participent pleinement à la découverte du paysage.

Avec Pousses de sons, Tom Jacques imagine une installation où les phénomènes biologiques deviennent une matière première pour la création sonore.
En observant les différents dispositifs, les visiteurs découvrent comment l’installation traduit les processus vivants du jardin en expériences sonores.
Les semences font partie du dispositif vivant imaginé par Tom Jacques, où les processus de germination participent à une œuvre qui traduit les transformations du jardin en expérience sonore.
Le clavier permet aux visiteurs d’interagir avec l’installation. Les vibrations produites mettent les semences en mouvement dans les tubes, où elles montent et descendent en composant une partition visuelle et sonore.
Dans Pousses de sons, certains dispositifs recueillent l’eau de pluie afin de faire du cycle naturel de l’eau une composante de l’expérience sonore. Le jardin devient ainsi un instrument qui évolue au rythme de son environnement.
Pensée comme un aménagement paysager sonore, l’installation de Tom Jacques fait appel à différents phénomènes naturels, dont la pluie, pour inviter les visiteurs à porter une attention renouvelée aux sons du jardin.
Reliés au clavier imaginé par Tom Jacques, ces tubes mettent les semences en mouvement grâce aux vibrations produites par l’installation. Le geste musical se prolonge ainsi dans une chorégraphie où le son devient également visible.

Le thème se prolonge bien au-delà des installations. Présentée dans le contexte du centenaire des Jardins de Métis, la programmation de médiation culturelle de cette 27e édition invite chacun à construire sa propre lecture sensible du lieu.

Les ateliers d’écriture déambulatoire animés par Noémie Pomerleau-Cloutier proposent de parcourir les sentiers avant de traduire cette expérience en mots. D’autres rendez-vous explorent le cyanotype, l’aquarelle d’observation, la création textile ou encore la performance in situ, autant de pratiques qui invitent à ralentir, à observer et à porter une attention renouvelée au paysage.

La littérature occupe également une place importante dans cette programmation. Lectures publiques et causeries réuniront notamment Stéphanie Pelletier, Annie Landreville, Marie-Hélène Voyer, Anick Arsenault et Laurence Veilleux. Toutes les écrivaines invitées entretiennent une pratique profondément ancrée dans le Bas-Saint-Laurent. Ce choix fait écho à l’héritage d’Elsie Reford en donnant la parole à des créatrices dont le travail s’enracine dans le territoire même où les jardins ont pris forme.

La chorale déambulatoire investit les différents espaces des Jardins de Métis, transformant les lieux patrimoniaux et les paysages en scènes éphémères où musique et jardin dialoguent.
En déambulant à travers les jardins, la chorale invite les visiteurs à découvrir le paysage autrement, en mêlant parcours, écoute et contemplation.
Présentée dans le cadre de la programmation culturelle du Festival international de jardins, la chorale déambulatoire fait de la marche, de la voix et du paysage une expérience sensible partagée.

L’été sera aussi marqué par la Semaine chantante du Conservatoire de musique de Rimouski, dont plusieurs activités investiront les jardins. La chorale déambulatoire, qui parcourra les allées du domaine et la Véranda conçue par l’Atelier Pierre Thibault, promet d’ajouter une dimension sonore à cette découverte du paysage.

Les cinq installations ajoutées aux Jardins cette année ne cherchent pas seulement à être contemplées. Prolongées par une programmation où l’écriture, les arts visuels, la musique et la performance deviennent autant de façons d’habiter le lieu, les installations invitent chacun à construire sa propre lecture du paysage. Ici, cartographier le sensible consiste moins à tracer une carte qu’à tisser, pas à pas, une relation avec un territoire.

L’équipe de Ligne a parcouru les Jardins de Métis afin de documenter la 27e édition du Festival international de jardins, dont le thème Cartographier le sensible se déploie à travers une série d’installations paysagères et une riche programmation culturelle.

27e édition du Festival international de jardins
Jusqu’au 4 octobre 2026

Jardins de métis
200, route 132
Grand-Métis, Qc
G0J 1Z0
T. 1 418 775-2222

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