Richard Avedon, immortel, au MBAM : la digne érosion

art
Texte
Dave Richard
Photos
Gracieusement fournies par le Musée des Beaux-Arts de Montréal
Présentée au Musée des beaux-arts de Montréal jusqu’au 9 août 2026, l’exposition consacrée à Richard Avedon frappe d’emblée par la frontalité des regards. Près d’une centaine de portraits, réalisés entre 1951 et 2004, se succèdent sans détour. Chet Baker, Samuel Beckett, Toni Morrison, Truman Capote, Patti Smith : autant de visages rendus familiers par l’histoire culturelle du 20e siècle, redécouverts ici sous l’angle du vieillissement.
Célèbre pour ses images de mode dans Harper’s Bazaar puis Vogue, Avedon choisit pourtant de déjouer les conventions flatteuses de la photographie éditoriale. Là où ses contemporains adoucissaient les traits, il accentue rides, plis et taches — ce qu’il appelait « l’avalanche du temps ». Fond neutre, lumière directe, absence de décor : tout concentre l’attention sur le visage, surface qu’il disait « pleine d’indices ».
La série In the American West dialogue avec les portraits de figures publiques. Anonymes et icônes s’y côtoient sans hiérarchie. Tous affrontent la même épreuve : tenir face à l’objectif, accepter d’être vus dans leur vulnérabilité. Le choc initial — ces visages sans filtre — laisse place à une profonde empathie. Avedon n’expose pas ses sujets : il en révèle la dignité.
L’exposition agit ainsi comme une méditation sur la finitude. À l’heure des images lissées et instantanées, Immortel rappelle que le portrait peut devenir un acte de résistance : fixer non la jeunesse, mais la persistance d’un être.
La dernière salle est consacrée à Jacob Israel Avedon (1969–1973). Le photographe y saisit son père, atteint d’un cancer, à intervalles réguliers. Le cadrage demeure presque identique, mais le visage se transforme, se creuse, s’efface peu à peu. La répétition devient une mesure implacable.
Cette série intime éclaire l’ensemble. D’un mur à l’autre, ce n’est pas la renommée qui importe, mais une même interrogation : que reste-t-il d’un visage lorsque tout change ? Les ensembles se répondent et se complètent, formant une réflexion continue sur l’érosion et la dignité.
Richard Avedon, immortel
Jusqu’au 9 août 2026
Crédits
Musée des beaux-arts de Montréal
The Image Centre (Toronto Metropolitan University)
Commissariat
Paul Roth
Mary-Dailey Desmarais
Musée des beaux-arts de Montréal
1380 Sherbrooke Ouest
Montréal, Qc
H3G 1J5
T. 514 285-2000
MBAM.qc.ca
Sur Instagram @mbamtl