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Les abstractions impertinentes, de Laurent Craste, chez Chiguer Art Contemporain : entre rigueur et chaos

Laurent Craste, Abstracadapal IV, 2024, sculpture en céramique rouge et blanche sur socle noir.
Dans Abstracadapal IV (2024), Laurent Craste oppose un volume rouge conique à une forme blanche ondulante, explorant la tension entre stabilité et déséquilibre.

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Exposition

Texte
Dave Richard

Photos
Laurent Craste

Chiguer Art Contemporain présente à Québec Les Abstractions Impertinentes de Laurent Craste, une série audacieuse qui redéfinit les codes de la céramique en les confrontant à l’abstraction moderne et à la critique des arts décoratifs. Dans cette nouvelle exploration, l’artiste franco-montréalais questionne les formes, anciennes et modernes, ainsi que leurs liens avec le design, l’art et l’artisanat.

Laurent Craste, reconnu pour son approche subversive de la céramique, va encore plus loin en remplaçant les vases emblématiques de ses créations antérieures par des volumes géométriques soumis à diverses altérations : compression, perforation, torsion ironique. Ces interventions s’attaquent aux canons du modernisme et brouillent les catégories esthétiques entre l’art décoratif et l’art conceptuel.

Abstraction circassienne I (2024) détourne les codes décoratifs classiques à travers une composition chromatique franche et volontairement théâtrale.
Dans Abstraction martyre II (2024), la céramique devient corps vulnérable, perforé de fléchettes, entre violence symbolique et précision formelle.
Avec Abstraction blanche (2024), Craste explore la matérialité de la surface, où la craquelure devient langage sculptural.

Dans Abstraction sur abstraction II, une pyramide parfaite soutient un objet rouge organique, presque vivant, dont la texture évoque une langue ou une chair à vif. Le contraste est frappant : la géométrie rigide s’oppose à cette matière viscérale et troublante. Dans L’outrage II, une forme blanche immaculée, fragile en apparence, est entravée par une cordelette et repose sur un socle noir, austère et imposant. La tension est palpable : est-ce un geste de retenue ou une contrainte brutale ? Cette mise en scène joue sur l’ambiguïté entre protection et domination, entre douceur et violence.

L’exposition réunit une vingtaine d’œuvres, dont Abstraction Circassienne I, où des formes épurées aux couleurs vives reposent sur un socle blanc aux pieds finement sculptés, et Abstraction Suspendue V, un étroit cylindre parsemé de pois colorés, suspendu par un cordon noir noué, qui joue sur le contraste et la légèreté. Au cœur de plusieurs pièces, la colonne, symbole d’autorité classique, est détournée avec une espièglerie malicieuse : loin de soutenir de majestueux bustes, elle semble plutôt tenter de préserver sa dignité face aux objets qui l’entourent et s’y agrippent, s’y écrasent ou s’y suspendent. Dans cet univers de désordre et d’instabilité, Craste revisite les codes modernistes avec une ironie subtile, faisant de la colonne un terrain d’expérimentation où l’équilibre vacille et les repères se renversent.

Abstraction suspendue (2024) confronte ornement ancien et minimalisme contemporain dans un dialogue ironique.

Avec Les Abstractions Impertinentes, Laurent Craste ne se contente pas de manipuler la matière : il en questionne la symbolique et les conventions. Il nous invite à réfléchir sur la frontière mouvante qui sépare l’artisanat, le design et l’art et nous incite à embrasser une esthétique où l’ordre et le chaos coexistent dans une provocation assumée.

Dans Abstraction sur abstraction II (2024), un élément rouge semble se déposer sur un volume géométrique, brouillant les frontières entre objet et geste.
Abstraction suspendue V (2024) introduit le motif ludique dans une structure minimaliste, entre rigueur et désinvolture.
Dans L’outrage II (2024), la confrontation entre colonne classique et volume ornementé souligne le jeu critique propre à Craste.

Installé à Montréal depuis plus de 27 ans, Laurent Craste est une figure incontournable de la céramique contemporaine. Titulaire d’une maîtrise en arts visuels et médiatiques de l’UQAM, il a reçu de nombreuses distinctions, dont le Prix Winifred Shantz et plusieurs bourses du Conseil des Arts du Canada. Son travail fait partie des collections du Musée des beaux-arts de Montréal, du Musée national des beaux-arts du Québec et de plusieurs institutions internationales.

Avec cette nouvelle exposition, Laurent Craste continue d’insuffler à son art une force critique et poétique, où l’impertinence devient un moteur de réflexion et d’émerveillement.

Le sacrifice II (2024) met en scène un geste brutal — le clou — qui perturbe la pureté d’une forme soigneusement façonnée.

Laurent Craste : Les abstractions impertinentes
Du 7 mars au 20 avril 2025

Chiguer Art Contemporain - Québec
247, rue Saint-Vallier Est
Québec, Qc
G1K 3P4
T. 581 700-0130

www.chiguerartcontemporain.com
Sur Instagram @chiguerartcontemporain

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