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Friction, d’Amélie Laurence Fortin chez Chiguer Art Contemporain : écouter la machine

Installation composée de chaînes métalliques suspendant des blocs de pierre dans l’exposition Friction d’Amélie Laurence Fortin chez Chiguer art contemporain.
Une installation présentée dans Friction, l’exposition d’Amélie Laurence Fortin chez Chiguer art contemporain, où les matériaux industriels deviennent des instruments de tension et de mouvement.

art

Exposition

Texte
Dave Richard

Photos
Avatar, centre d’artistes en art audio et électronique
Émilie Dumais
Christophe Roberge

Vidéo
Amélie Laurence Fortin

Montage de la vidéo
La rédaction

Présentée dans le cadre de Manif d’art 12 — La Biennale de Québec, l’installation Friction d’Amélie Laurence Fortin transforme l’un des espaces de la galerie Chiguer Art Contemporain en une sculpture sonore immersive où le mouvement, la mécanique et le son se combinent pour créer une expérience physique de l’écoute.

L’œuvre prend forme dans une pièce étroite dont l’architecture a directement orienté la conception. Plutôt que de dissimuler les contraintes du lieu, Fortin les intègre au projet. Les matériaux, volontairement bruts, rappellent l’esthétique industrielle qui traverse sa pratique. Chaînes, structures métalliques et dispositifs mécaniques appartiennent à un vocabulaire formel que l’artiste explore depuis plusieurs années, où l’objet technique devient à la fois sculpture et instrument sonore. Des panneaux recouverts de tissu acoustique structurent l’espace et absorbent les résonances, donnant à l’installation une atmosphère feutrée, presque suspendue.

Au centre du dispositif, un système sonore capte et transforme les bruits produits par l’installation elle-même. Trois microphones enregistrent différents éléments — notamment les chaînes qui composent la structure — tandis qu’un système électronique redistribue les fréquences dans la pièce. Les sons circulent, se déplacent, montent et redescendent, donnant l’impression que l’espace respire.

« Je travaille souvent avec le son, mais il était jusqu’ici périphérique. Avec ce projet, je voulais qu’il devienne central, qu’il organise réellement l’œuvre. Le son circule dans l’installation, il crée des tensions, il met les éléments en relation, » explique Fortin.


La structure mécanique et des panneaux lumineux de l'installation Friction, d’Amélie Laurence Fortin chez Chiguer art contemporain.
L’artiste Amélie Laurence Fortin, dont l’exposition Friction explore les relations entre matière, machine et son.

Ce projet prolonge une résidence de trois ans menée avec le centre d’art audio Avatar, durant laquelle Amélie Laurence Fortin a exploré de nouvelles manières de travailler le son. Présent dans ses œuvres depuis longtemps, celui-ci occupait jusqu’ici une place plus discrète. Cette résidence lui a permis d’en faire un élément véritablement central de sa pratique.

Dans Friction, l’installation fonctionne sans intervention humaine : des égaliseurs motorisés déplacent les fréquences en temps réel, tandis que certains éléments mécaniques se mettent lentement en mouvement. Le paysage sonore se transforme alors de lui-même, au gré des variations produites par la machine. Pour Fortin, l’œuvre ne relève pas de la performance au sens traditionnel du terme. Elle parle plutôt d’une « performativité de l’objet » : un système qui agit sans interprète humain.

 Dans ce travail, le son n’est pas seulement un phénomène technique. Fortin le considère aussi comme un vecteur d’émotions. Lors de la composition sonore, elle a exploré différentes tonalités possibles — certaines plus inquiétantes, d’autres plus enveloppantes — avant de retenir une palette qui maintient volontairement une part d’ambiguïté.

« Je m’efface volontairement. L’objet possède sa propre voix, son propre mouvement. Il continue d’agir, de produire du son, même lorsque personne n’intervient, » renchérit-elle.

Dans l’atelier, Amélie Laurence Fortin développe les mécanismes qui composeront l’installation Friction.

Les textures sonores évoquent parfois des phénomènes naturels : craquements de glace, vibrations sourdes, résonances métalliques. L’artiste mentionne notamment les sons du fleuve gelé qu’elle entendait dans son enfance — ces bruits sourds et lointains produits par la glace en mouvement — une mémoire sonore qui a nourri certaines recherches de l’installation. Ces associations restent volontairement ouvertes : l’artiste cherche à éviter les images trop directes pour laisser émerger une sensation plus diffuse.

« On essaie toujours d’identifier les sons : une machine, un moteur, un objet précis. Moi, ce qui m’intéresse, c’est quand le son devient autre chose — un objet autonome, détaché de sa source, » précise l’artiste.

Structure métallique et chaînes faisant partie de l’installation centrale de Friction, l’exposition d’Amélie Laurence Fortin chez Chiguer art contemporain.
Vue intérieure du dispositif mécanique conçu par Amélie Laurence Fortin pour l’exposition Friction.

Entre sculpture et composition sonore, Friction met en place un espace où la machine suit sa propre logique. Le visiteur n’assiste pas à une action spectaculaire ; il entre plutôt dans un dispositif déjà en cours, un moment suspendu où les sons et les mouvements se déploient lentement.

Dans cette zone intermédiaire — ni véritable commencement ni véritable fin — l’œuvre évolue à son rythme. Les mécanismes poursuivent leurs variations sonores, comme si la machine et le son continuaient leur dialogue au-delà du passage du public.

Vidéo de l’installation Friction (2026), d’Amélie Laurence Fortin, présentée dans le cadre de Manif d’art 12 — La Biennale de Québec à la galerie Chiguer Art Contemporain.

Friction, d'Amélie Laurence Fortin
Du 28 février au 12 avril 2026

Chiguer Art Contemporain Saint-Roch
(247, rue Saint-Vallier E., Ville de Québec, Qc, G1K 3P4)

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