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Fake Abstract, de Lino Lago, à la Galerie Robertson Arès : les faces cachées

Œuvre de Lino Lago issue de la série Fake Abstract montrant un portrait classique partiellement masqué par une forme rouge abstraite.
Une intervention minimale suffit à transformer un portrait classique en image énigmatique, où le regard devient le véritable point d’ancrage de la composition.

Art

Exposition

Texte
Dave Richard

Photos
Gracieusement fournies par la Galerie Robertson Arès

À travers sa série de tableaux Fake Abstract, l’artiste visuel espagnol Lino Lago invite le spectateur à une éblouissante partie de cache-cache. Jouant sur la tension entre abstraction et figuration, il voile des portraits inspirés de la grande tradition picturale occidentale sous de vastes aplats de couleurs vives. Entre les formes découpées apparaissent des visages délicats, des regards suspendus et des fragments de silhouettes qui évoquent les maîtres anciens autant qu’ils semblent appartenir à un temps imaginaire.

Ces femmes d’une autre époque — ou peut-être de toutes les époques — sourient sans sourire, comme si elles tramaient un mystérieux dessein ou se laissaient aller à quelque rêverie secrète. On les observe comme à travers le trou d’une serrure, mais leur présence est si forte que l’on finit par ne plus savoir qui regarde qui, ni de quel côté du miroir on se trouve. On les imagine ajustant leur robe derrière un paravent, lançant une devinette à demi-mot ou dissimulant un sourire derrière un éventail qui ne laisse voir que leurs yeux, à la fois curieux et malicieux.

En superposant une couleur uniforme à la peinture figurative, Lino Lago brouille les repères entre héritage pictural et abstraction contemporaine.
Chaque toile révèle juste assez du visage pour inviter le spectateur à compléter mentalement l’image absente.
Les aplats colorés ne cachent pas le portrait : ils déplacent notre manière de le regarder.
Les découpes graphiques transforment la peinture ancienne en une composition résolument contemporaine.
Réduit à une mince ouverture, le portrait conserve pourtant toute sa puissance expressive.
Géométrie, couleur et peinture ancienne cohabitent dans une même image, créant un dialogue entre plusieurs siècles d’histoire de l’art.

Il y a beaucoup d’humour dans ces portraits emmurés. Ils donnent envie de s’approcher, toujours plus près, suffisamment pour arriver à voir comme par magie ce qui n’est pas montré. C’est l’incomplétude qui fascine. Parce qIl y a beaucoup d’humour dans ces portraits fragmentés. Ils donnent envie de s’approcher toujours davantage, comme si l’œuvre allait finir par révéler ce qu’elle choisit précisément de taire. C’est l’incomplétude qui fascine. Généreuse et ludique, mais d’une extrême rigueur, elle oblige l’imagination à combler les absences, à prolonger les lignes interrompues, à inventer des intentions, des histoires et des secrets. Chaque toile devient ainsi un dialogue silencieux entre ce qui est montré et ce qui demeure irrémédiablement hors champ.

Lino Lago utilise la couleur comme un voile qui révèle autant qu’il dissimule les figures historiques.
Les fragments visibles invitent le regard à reconstruire une image qui demeure volontairement incomplète.
Avec Fake Abstract, Lino Lago transforme le portrait classique en un jeu subtil entre apparition, disparition et mémoire de l’image.

Présentée notamment à la galerie montréalaise Robertson Arès, la série Fake Abstract poursuit aujourd’hui son parcours à travers des galeries et foires internationales, confirmant l’intérêt qu’elle suscite auprès des collectionneurs comme du grand public.

Les œuvres de Lino Lago figurent dans plusieurs collections importantes, dont celles de la Harvard Business School, du Flint Institute of Arts, du MEAM – European Museum of Modern Art et de la Fundación ABANCA. Son travail a également été publié dans des magazines de renom, comme le New York Times Magazine et Vogue Italia. Une reconnaissance qui témoigne de la singularité d’une pratique où la peinture classique et le langage de l’abstraction se rencontrent sans jamais s’annuler.

Fake Abstract, de Lino Lago
Du 20 mars au 11 avril 2020

Galerie Robertson Arès

(1490, rue Sherbrooke Ouest, Montréal, QC H3G 1L3)

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