Fake Abstract, de Lino Lago, à la Galerie Robertson Arès : les faces cachées

Art
Exposition
Texte
Dave Richard
Photos
Gracieusement fournies par la Galerie Robertson Arès
À travers sa série de tableaux Fake Abstract, l’artiste visuel espagnol Lino Lago invite le spectateur à une éblouissante partie de cache-cache. Jouant sur la tension entre abstraction et figuration, il voile des portraits inspirés de la grande tradition picturale occidentale sous de vastes aplats de couleurs vives. Entre les formes découpées apparaissent des visages délicats, des regards suspendus et des fragments de silhouettes qui évoquent les maîtres anciens autant qu’ils semblent appartenir à un temps imaginaire.
Ces femmes d’une autre époque — ou peut-être de toutes les époques — sourient sans sourire, comme si elles tramaient un mystérieux dessein ou se laissaient aller à quelque rêverie secrète. On les observe comme à travers le trou d’une serrure, mais leur présence est si forte que l’on finit par ne plus savoir qui regarde qui, ni de quel côté du miroir on se trouve. On les imagine ajustant leur robe derrière un paravent, lançant une devinette à demi-mot ou dissimulant un sourire derrière un éventail qui ne laisse voir que leurs yeux, à la fois curieux et malicieux.
Il y a beaucoup d’humour dans ces portraits emmurés. Ils donnent envie de s’approcher, toujours plus près, suffisamment pour arriver à voir comme par magie ce qui n’est pas montré. C’est l’incomplétude qui fascine. Parce qIl y a beaucoup d’humour dans ces portraits fragmentés. Ils donnent envie de s’approcher toujours davantage, comme si l’œuvre allait finir par révéler ce qu’elle choisit précisément de taire. C’est l’incomplétude qui fascine. Généreuse et ludique, mais d’une extrême rigueur, elle oblige l’imagination à combler les absences, à prolonger les lignes interrompues, à inventer des intentions, des histoires et des secrets. Chaque toile devient ainsi un dialogue silencieux entre ce qui est montré et ce qui demeure irrémédiablement hors champ.
Présentée notamment à la galerie montréalaise Robertson Arès, la série Fake Abstract poursuit aujourd’hui son parcours à travers des galeries et foires internationales, confirmant l’intérêt qu’elle suscite auprès des collectionneurs comme du grand public.
Les œuvres de Lino Lago figurent dans plusieurs collections importantes, dont celles de la Harvard Business School, du Flint Institute of Arts, du MEAM – European Museum of Modern Art et de la Fundación ABANCA. Son travail a également été publié dans des magazines de renom, comme le New York Times Magazine et Vogue Italia. Une reconnaissance qui témoigne de la singularité d’une pratique où la peinture classique et le langage de l’abstraction se rencontrent sans jamais s’annuler.
Fake Abstract, de Lino Lago
Du 20 mars au 11 avril 2020
Galerie Robertson Arès
(1490, rue Sherbrooke Ouest, Montréal, QC H3G 1L3)
www.linolago.com , www.galerierobertsonares.com
Sur Instagram @linolago, @robertsonaresgallery