Charles Paradis : porosité des frontières

Art
Portrait
Texte
Claire-Marine Beha
Photos
Charles Paradis
Galerie Champagne Paradis
Chez Charles Paradis, les frontières entre le naturel et l’artificiel sont poreuses. Le peintre émergent conçoit des scènes surréalistes, attrayantes et intrigantes qui interrogent notre relation aux espaces, mais constituent aussi une invitation à entreprendre un voyage intérieur, à la quête de notre mémoire morcelée.
Bien que ses toiles ne comportent pas de présence humaine, on ne peut s’empêcher de se projeter dans leurs salons métaphoriques où d’impressionnants arbres et massifs montagneux surgissent à côté de fauteuils douillets, de lampes et de tapis. À la fois insolites et chaleureux, les paysages-intérieurs de Paradis frappent l’imaginaire par leur mélange ambigu d’étrangeté et de familiarité.
« Mon travail explore l’intersection entre le design d’intérieur et les environnements naturels à travers une approche néosurréaliste qui cherche à mettre en lumière les visions aléatoires et irrationnelles de l’inconscient », explique Paradis.
À la source de son inspiration se trouve un vif intérêt pour le design, mais surtout une connexion profonde aux souvenirs de son enfance, notamment liés à la découverte de lieux nouveaux.
« Ces expériences ont laissé chez moi une empreinte floue, mais durable, que je cherche à retranscrire par la création de décors imaginaires », explique l’artiste. « Mes œuvres reflètent donc des fragments de mémoire, dans des compositions à la fois enveloppantes et énigmatiques. »
Au-delà de la pertinente réflexion que suscite le mariage d’une nature imposante, mais fragile, à des objets modernes du quotidien, Charles Paradis réussit également à générer une atmosphère théâtrale grâce à la peinture à l’huile et à une palette saturée. Les sources lumineuses, souvent tamisées, et l’absence de réels murs et fenêtres amplifient cette impression.
Ainsi, ces espaces tout droit sortis d’un songe traduisent sa quête de compréhension de l’ampleur émotionnelle et sensorielle des lieux que nous visitons ou habitons – qu’ils soient intérieurs ou extérieurs.
« Une caractéristique centrale de mon travail réside dans l’utilisation de techniques inspirées du collage, qui évoquent le bricolage de l’enfance, où divers matériaux se combinent pour harmonieusement former un tout », précise le peintre. « Ce processus se transpose dans mes peintures, où des éléments visuels sont superposés pour générer profondeur et texture, tout en conservant des surfaces relativement lisses. »
L’effet de trompe-l’œil estompe la limite entre le bidimensionnel et le tridimensionnel, et renforce la portée illusoire des scènes.
Cet hiver, Paradis a présenté sa récente série composée de douze œuvres, Contours d’ailleurs, à la galerie Champagne et Paradis de Kamouraska, qui le représente. Consacré pleinement à sa carrière depuis trois ans, l’artiste de la relève fait désormais connaître son travail en dehors du Québec.
www.charlesparadis.com
Sur Instagram @charles_paradis