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12e édition de la Biennale de Québec : l’hiver comme terrain d’expérimentation artistique

Installation monumentale évoquant un iceberg présentée dans le hall d’exposition de la Biennale de Québec 202
L’installation immersive monumentale ILULIAQ de l’artiste groenlandaise Jessie Kleemann accueillant les visiteurs de Manif d’art 12, la Biennale de Québec, dont la thématique explore l’hiver comme expérience artistique.

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Événement

Texte
Dave Richard

Photos
Christophe Roberge

Du 28 février au 19 avril 2026, la Biennale de Québec déploie sa 12e édition dans 41 lieux répartis à Québec, à Lévis et ailleurs dans la province. Réunissant plus de 60 artistes issus de 18 pays, Manif d’art 12 s’articule autour du thème Briser la glace/Splitting Ice. Sous le commissariat de l’historien de l’art, critique culturel et artiste interdisciplinaire Didier Morelli, l’événement explore l’hiver comme une expérience physique et culturelle, en mettant en dialogue performances, installations et interventions publiques.

Didier Morelli, commissaire de Manif d’art 12, la Biennale de Québec 2026.

Peu d’événements d’art contemporain prennent l’hiver comme point de départ conceptuel. À Québec, cette réalité climatique devient un terrain de réflexion.

« La Manif d’art est la seule biennale en Amérique du Nord présentée en hiver », rappelle Didier Morelli. « Au Québec, on ne subit pas l’hiver : on va à sa rencontre. »

Briser la glace / Splitting Ice : Manif d’art 12 revient du 28 février au 19 avril 2026, sous le commissariat de Didier Morelli, avec une édition puissante, poétique et profondément ancrée dans l’hiver québécois.

Le titre de l’édition condense cette idée. Briser la glace renvoie d’abord à un geste concret — fracturer une surface gelée — mais aussi à une image sociale et politique. Pour Morelli, l’expression évoque les tensions entre le corps humain et les paysages hivernaux, aujourd’hui bouleversés par les transformations climatiques.

« Briser la glace est un geste à la fois sensible et engagé. Il permet d’examiner la relation entre nos corps et les paysages hivernaux dans un monde qui se réchauffe. Le titre lui-même joue sur deux registres : en français, briser la glace évoque l’ouverture d’un dialogue, alors que Splitting Ice insiste davantage sur l’acte physique de fracture », poursuit-il.

Installation textile immersive de Judy Watson présentée dans le cadre de Manif d’art 12, la Biennale de Québec.
Une installation textile de Judy Watson présentée dans l’un des espaces d’exposition de Manif d’art 12.
Une installation immersive présentée lors de Manif d’art 12, la Biennale de Québec.

L’exposition centrale présentée à l’Espace Quatre Cents donne forme à ces idées à travers des installations qui explorent les propriétés changeantes de l’eau. Neige, glace, fonte ou blizzard deviennent des matériaux artistiques à part entière.

« Les états de l’eau deviennent pour les artistes des matériaux à manipuler, à performer, parfois même à contester », explique le commissaire. « Plusieurs œuvres agissent aussi comme des portails : des passages symboliques qui invitent à franchir la surface gelée pour imaginer ce qui se trouve de l’autre côté, sous la glace ou dans l’eau. »

L’installation ILULIAQ de l’artiste groenlandaise Jessie Kleemann présentée dans le cadre de Manif d’art 12, la Biennale de Québec.
Les œuvres de Manif d’art 12 investissent plusieurs espaces d’exposition à Québec. Photo : Dave Richard.

L’installation ILULIAQ de l’artiste groenlandaise Jessie Kleemann en offre une image saisissante. La pièce prend la forme d’un immense iceberg gonflable qui se dilate et se contracte lentement, comme s’il respirait. Morelli y voit « un grand corps glacial, presque fragile, qui rappelle à quel point les transformations de la glace affectent les communautés du Nord — et, par ricochet, celles du reste du monde ».

Certaines démarches établissent également des ponts entre recherche scientifique et savoirs autochtones. Plusieurs artistes invités travaillent en dialogue avec des chercheurs ou des communautés afin d’explorer les effets de la pollution et du changement climatique sur les milieux aquatiques.

Visite guidée de l’exposition lors de Manif d’art 12, la Biennale de Québec. Derrière, les oeuvres de Ali Yass.
L’une des salles d'expositions de Manif d’art 12.
Détail d’une œuvre d’Olúṣẹ̀yẹ présentée lors de Manif d’art 12.
Une installation vidéo de Nicolas Renaud présentée dans le cadre de Manif d’art 12.

La biennale tisse aussi des liens avec l’histoire de la performance au Québec. Didier Morelli convoque des références comme Danse dans la neige de Françoise Sullivan ou les actions de Lori Blondeau pour les faire dialoguer avec des pratiques contemporaines venues d’ailleurs. Plusieurs pièces reposent sur des gestes performatifs — parfois visibles, parfois perceptibles seulement dans les traces laissées dans la matière. Dans l’exposition centrale, certaines œuvres historiques servent ainsi de points d’ancrage pour structurer le parcours.

« Ce qui m’intéressait, c’était l’idée que le corps transforme la matière et que cette transformation laisse une trace visible », précise-t-il.

Une série photographique des COZIC présentée lors de la Biennale de Québec.

Au-delà de l’exposition centrale, la programmation se déploie dans toute la région. Centres d’artistes, bibliothèques, musées partenaires et sites d’art public participent à cette constellation d’expositions, formant un réseau essentiel au projet curatorial. Cette dispersion reflète aussi la manière dont l’hiver transforme la relation au territoire : lorsque rivières et lacs gèlent, les modes de déplacement changent et ouvrent de nouvelles trajectoires dans le paysage. Le commissaire souhaitait ainsi « créer des ponts entre les lieux », afin que la biennale ne se limite pas à un seul bâtiment, mais s’inscrive dans un territoire plus vaste.

Une installation multimédia présentée dans le cadre de Manif d’art 12. Derrière, les oeuvres de Joiri Minaya.
Installation présentée dans le cadre de Manif d’art 12, la Biennale de Québec, où les œuvres investissent plusieurs espaces d’exposition. Ici, entre autres, les oeuvres de Couzyn van Heuvelen et Maureen Gruben.

À mesure que l’on circule entre ces différents lieux, on comprend que l’hiver n’est pas seulement un contexte, mais un langage. Il façonne les gestes, les œuvres et les récits qui traversent la biennale. Dans ce paysage de glace et de neige, certaines dimensions restent encore à explorer — notamment les savoirs et les expériences du Nord, qui émergent ici comme des perspectives appelées à prendre davantage de place dans les récits artistiques contemporains.

Une installation immersive de Carola Grahn présentée lors de Manif d’art 12, la Biennale de Québec.
Une visiteuse découvre une installation immersive de Carola Grahn présentée dans le cadre de Manif d’art 12.

Briser la glace/Splitting Ice : Manif d’art 12 - Biennale de Québec
Du 28 février au 19 avril 2026

Commissariat
Didier Morelli

Espace Quatre Cents, Vieux-Port de Québec
(100, Quai Saint-André, Québec, Qc, G1K 3Y2)

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