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La Shed Architecture : un goût sincère pour le vivre-ensemble

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Architecture résidentielle

Texte
Lorène Copinet

Photos
Maxime Brouillet

Depuis quinze ans, la Shed Architecture transforme le paysage résidentiel montréalais et québécois. Ce qui frappe dans chacun de ses projets, c’est cette capacité toujours renouvelée à créer des atmosphères habitées, à la fois lumineuses et profondément humaines – des lieux où l’on a aussitôt envie de poser ses bagages. Chaque maison conçue par la firme porte la passion intacte et la conviction profonde de son équipe que l’architecture est faite pour accueillir, recevoir et rassembler.

La convivialité est une notion subjective, mais certaines qualités architecturales nourrissent l’impression d’être bien quelque part. Pour la Shed, cet art tient à un équilibre délicat : concevoir une architecture qui soutient sans jamais s’imposer.

« Au fil des années, notre travail s’est affiné. Au début, l’architecture occupait beaucoup d’espace et laissait moins de liberté à l’occupant pour se l’approprier. La présence du design intégré limitait aussi celle du mobilier. Aujourd’hui, on assume pleinement que l’espace sera habité. Le geste architectural demeure, mais il est moins rigide : il structure toujours, tout en laissant place à la vie », partage Sébastien Parent, architecte et fondateur associé.

Connue pour son sens aigu de l’esthétisme, la firme continue d’aligner les choses, mais joue désormais avec d’autres mécanismes. « Pour créer des espaces conviviaux, tout est une question d’équilibre dans les proportions. Beaucoup de gens rêvent de grandes maisons avec des plafonds très hauts, mais cela produit souvent l’effet inverse : ces espaces perdent en chaleur et en intimité. Il faut éviter le surdimensionnement et plutôt jouer avec la contraction et la dilatation, faire respirer la maison par des variations de volumes », explique Yannick Laurin, architecte et fondateur associé.

Une architecture accueillante passe aussi par la flexibilité des lieux. Plutôt que de multiplier les pièces rarement utilisées, les architectes privilégient des espaces polyvalents : une chambre d’amis peut devenir bureau ou gym selon les besoins. Les rangements intégrés et les cloisons modulables optimisent la lumière, favorisent le mouvement et conservent une échelle humaine – celle d’une maison vraiment habitée.

Synonyme de convivialité, la couleur occupe désormais une place plus importante dans les projets de la firme. « Nous travaillons sur les contrastes depuis longtemps, mais, aujourd’hui, on met plus de couleurs, plus de textures. On ose davantage mélanger les essences de bois, les teintes, les matières. Même les rideaux, autrefois très sobres, varient maintenant selon l’ambiance qu’on veut créer », témoigne Sébastien Parent.

« Récemment, un client nous a demandé une maison pleine de couleurs : aubergine, vert, jaune, orange, crème et framboise. Au départ, on se disait que ce serait un défi d’harmoniser tout ça, mais on a réussi à marier les teintes à travers un comptoir en granit vert, des murs à la chaux orangés et un escalier aubergine. Les couleurs sont riches, mais jamais criardes. Et parce qu’elles reflètent la personnalité du client, elles deviennent durables », confie Yannick Laurin.

Dans d’autres projets, comme la Maison de l’Île, la chaleur naît plutôt des matériaux : le bois et la brique se répondent pour créer un intérieur accueillant. Parfois, il suffit de camaïeux subtils d’un blanc plus chaud pour rendre une pièce vivante et confortable. Et pour que la maison reste en accord avec la vie de ses habitants, certains éléments – escalier, mur, structures métalliques – sont pensés pour pouvoir être repeints facilement, au gré des envies et des usages.

Le travail de la lumière est bien sûr au cœur de l’architecture. « C’est un réflexe de vouloir mettre le plus de fenêtres possible, car tout le monde aime la lumière naturelle. Mais vitrer entièrement une façade sur une ruelle n’est pas toujours souhaitable. On peut amener la lumière au cœur de la maison autrement, par exemple en créant une cour intérieure ou un jardin central, comme on l’a fait dans les maisons Rushbrooke et Jeanne-Mance. Cela redéfinit les volumes et favorise la convivialité, en connectant les pièces tout en préservant l’intimité », explique Sébastien Parent.

Pour la Shed, la convivialité est indissociable de l’intimité, surtout en milieu urbain. Mais cela vaut aussi pour les chalets, souvent conçus pour accueillir de grands groupes. Une maison habitée par le sens de l’hospitalité offre autant des lieux de rassemblement que des espaces de ressourcement. La firme a pu enrichir cette approche au fil des ans, en expérimentant la vie collective lors de voyages annuels avec son équipe : une manière concrète d’observer ce qui fonctionne et ce qui peut être amélioré. « On fait les cuisines différemment lorsqu’on est en mode chalet », racontent-ils. Tout est ouvert, rien n’est à chercher; les matériaux, plus bruts et résistants, rendent les lieux plus conviviaux et invitent à vivre pleinement la maison.


Si les lieux de rassemblement traditionnels se concentrent le plus souvent autour du foyer ou dans l’espace cuisine, à l’image de la Maison des Jésuites, la firme en explore aussi des plus inattendus. Dans Les Tissages, la maison duplex réinventée accueille un couple et la sœur de l’un d’eux, réunis dans un espace commun à l’étage, conçu comme une salle de jeu et de partage. Aux Rochers, la terrasse devient le cœur social, tandis qu’à Courville, c’est la bibliothèque familiale qui joue ce rôle central. À travers ces exemples, la Shed démontre comment l’architecture peut créer des lieux de rencontre à la mesure de ceux qui les habitent.

Contrairement à l’architecture publique, les projets résidentiels sont rarement accessibles; la photographie devient alors le principal moyen de les découvrir. La Shed a très tôt compris l’importance de cette représentation et collabore, depuis ses débuts, avec le photographe d’architecture Maxime Brouillet pour transmettre l’esprit de ses maisons.

« Notre objectif est de faire ressentir cette hospitalité à travers nos projets : que chaque maison devienne un lieu réellement habité », partage Anthony Bergoin, chargé de projet chez la Shed.

Maxime Brouillet capture la vie qui circule à l’intérieur des lieux, en incluant parfois des personnes dans ses images – une approche qui apporte chaleur et convivialité à des clichés qui, autrement, pourraient sembler froids ou impersonnels. « Au début, certains trouvaient que montrer des objets ou des personnes ne relevait pas de la photo d’architecture. Aujourd’hui, c’est devenu plus naturel, notamment avec l’évolution des réseaux sociaux et des images lifestyle », ajoute Sébastien Parent. Ces photographies donnent à sentir immédiatement la présence humaine, la lumière, et l’accueil propre à chaque maison.


La convivialité des projets de la Shed tient aussi à sa vision globale de l’habitat. Ici, il n’y a aucune frontière entre ceux qui conçoivent l’architecture et ceux qui signent le design d’intérieur : chaque architecte intervient à toutes les étapes, du plan d’ensemble aux détails du mobilier. Cette approche intégrée engendre des maisons cohérentes et harmonieuses, où chaque élément contribue à la qualité et à l’expérience de la vie quotidienne. « On aime faire du résidentiel. Et même quand on fait du commercial, nos clients veulent retrouver cette échelle humaine, cet esprit intime et chaleureux que l’on cultive dans le résidentiel », explique l’équipe.

La force de la Shed ne réside pas seulement dans la polyvalence de ses architectes, mais aussi dans la cohésion d’une équipe soudée, pratiquement inchangée depuis les débuts. Tous ses membres partagent une culture commune et un goût sincère pour le vivre-ensemble – une convivialité qui se reflète autant dans leurs bureaux que dans leurs projets, et qui, de maison en maison, devient leur véritable signature.

Cet article fait partie du numéro 13

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