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ROXANNE ARSENAULT + CAROLINE DUBUC: KITSCH QC | ÉDITIONS FIDES

KITSCH, MON AMOUR

LIGNE 05 | DANS NOTRE MIRE | AUTOMNE 2022

Texte | Dave Richard

Photos | Éditions Fides

 
 

Roxanne Arsenault a réalisé des études supérieures en histoire de l’art sur le patrimoine kitsch québécois ; Caroline Dubuc est actuellement commissaire au design pour la Ville de Montréal et a précédemment réalisé des études spécialisées en conservation de l’environnement bâti ; ensemble, elles ont répertorié les restaurants, bars-salons et autres lieux dépaysants – parfois déboussolants – du Québec, puis fait paraître au printemps dernier le livre Kitsch QC, qui présente leurs plus fascinantes découvertes, véritable hommage à un patrimoine architectural et culturel en voie de disparition.


Ces lieux, ce sont les Beaver Club, Chalet suisse, Madrid, Hôtel Motel Coconut Bar, Grec de Baie-Jolie, Ali-Baba, Bill Wong, Beni Hana, Capitaine Homard, Orange Julep et autres Cheval à Méo. Fondés principalement entre les années 1950 et 1980 par des entrepreneurs d’origines diverses, ces commerces permettaient à leur clientèle de s’évader de son quotidien le temps d’un repas, d’une soirée.

« Pratiquement tous les Québécois qui ont vécu durant ces décennies ont déjà visité l’un ou l’autre de ces établissements », expliquent les autrices. Roxanne, c’est le Waikiki de

Saint-Jean-sur-Richelieu qui l’a charmée, à 10 ans, et Caroline était encore bien petite lorsqu’on a croqué son portrait devant la baleine géante du Jardin des Merveilles.


« Notre utilisation du mot « kitsch » est loin d’être péjorative, ou liée à nos goûts. Le goût est subjectif. Pour nous, il est plus intéressant d’observer le kitsch selon une série de caractéristiques formelles comme l’imitation, l’exubérance, l’expérience immersive et sensorielle par l’accumulation jusqu’à la saturation de textures, de matériaux et de couleurs. »

En effet, les propriétaires de ces lieux immersifs n’avaient pas peur de la surenchère : décor thématique, nom évocateur, menu exotique, enseigne illustrée, costumes et nationalité du personnel, cartons d’allumettes, bâtons mélangeurs et autres objets promotionnels... Il fallait dépayser à tout prix, marquer les esprits. Alors que certains devaient faire avec les moyens du bord et une bonne dose d’ingéniosité, d’autres allaient jusqu’à importer des œuvres d’art, des matériaux, des objets iconiques du coin du monde qu’ils souhaitaient recréer.


« On considère souvent ces lieux comme des commerces « quétaines » ou de mauvais goût, parfois même problématiques, surtout parce qu’on les regarde avec nos yeux d’aujourd’hui. Ce qu’il est important de comprendre, c’est qu’au fil du temps, notre perception de ces lieux a évolué et continue d’évoluer. Le concept d’appropriation culturelle, par exemple, n’avait pas la même résonnance qu’aujourd’hui en 1960 ou en 1980. C’est vrai que les représentations de certaines cultures au sein de ces établissements ont alimenté les clichés, mais ces établissements ont aussi agi comme une sorte de « passage obligé » alors que le Québec s’ouvrait sur le monde, qu’il avait soif de découverte et de divertissement. Ces lieux ont permis une rencontre, une familiarisation et une appréciation de l’autre. »

Aujourd’hui, ces lieux disparaissent rapidement.

« Le concept d’exotisme lui-même a changé. Des guerres, des crises et des catastrophes sont survenues, entraînant désillusionnement et perte d’innocence. Le tourisme s’est

démocratisé ; les médias et l’internet nous ont montré le monde et ont changé nos perspectives. En restauration, les modes culinaires se sont succédé et une grande standardisation commerciale s’est opéré... Nous ne comptons plus les fermetures annoncées depuis le début de la rédaction de ce livre. »


Abondamment illustré, Kitsch QC catalogue plus de 250 lieux qui ont fait les beaux jours d’un Québec avide d’ouverture sur le monde et retrace la riche histoire d’une tradition

nord-américaine unique en son genre. De l’émergence du kitsch jusqu’à son déclin, sans oublier la présentation des commerces de style rustique et maritime, tiki ou encore mimétique, les autrices témoignent de la richesse de ces lieux qui ne laissent personne indiérent, allant du simple amusement au dédain, en passant par l’étonnement ou

l’amour-culte ! C’est un livre qui s’adresse tant aux passionnés d’histoire, de patrimoine et de design qu’à ceux et celles qui ont déjà visité l’un de ces endroits singuliers et qui en gardent un vif souvenir. Par-delà le plaisir nostalgique de se remémorer des lieux qu’on a visités, dont on a entendu parler ou qui nous sont chers, la lecture de Kitsch QC leur donne une toute nouvelle dimension, plus profonde, plus sociale, plus humaine.


« Nous souhaitions présenter ces lieux avec amour et passion, avec un respect profond pour leurs propriétaires, dans le but de mieux les faire connaître, mais aussi dans l’espoir de favoriser une réflexion quant à leur place indéniable dans le patrimoine du Québec. Nous souhaitions, bien humblement, redonner leurs lettres de noblesse à ces lieux longtemps discrédités, sous-estimés ; parce qu’en creusant un peu, on découvre vite le contexte qui a mené à leur création et les gens qui les ont créés. On découvre des récits fascinants d’immigrants et d’entrepreneurs créatifs et excentriques qui ont su tirer leur épingle du jeu. L’émergence et la popularité de ces lieux sont l’expression d’une époque précise de notre histoire ; un devoir de mémoire s’imposait parce que ces lieux nous parlent de nous. Ils font partie de nous. »

Y aura-t-il une suite ? « Un deuxième livre n’est pas prévu... Mais disons qu’il y a encore pas mal de terrain à couvrir ! » (Rires)

 

KITSCH QC

Roxanne Arsenault + Caroline Dubuc 300 pages

Éditions Fides

39,95$



Sur Instagram @editions_fides

Sur Facebook @editionsfides


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PATRIMOINE KITSCH

Le site Patrimoine Kitsch vise à répertorier tous les lieux kitsch du Québec : les restaurants, les bars, les établissements d’hébergement et les points de repère routiers. Ajoutez un lieu que vous connaissez ou dont vous avez entendu parler, qu’il soit encore accessible ou qu'il soit disparu. Pour ce faire, indiquez l'emplacement sur la carte et complétez la fiche avec les informations dont vous disposez.



Sur Instagram @patrimoine_kitsch

Sur Facebook @patrimoinekitsch


 














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